Tous les articles par Mots Hélène Borderie, Images Julie Berranger,

Mobiles, les bijoux aériens de Lucie Saint-Leu

Pénétrer à midi dans l’atelier surplombant un jardin prieural foisonnant et faisant face aux collines boisées du Mont des Oiseaux, de la créatrice de bijoux Lucie Saint-Leu, offre quelques clés pour comprendre comment une nature rayonnante continue de s’inviter chaque saison dans ses collections.

Depuis dix ans, la créatrice diplômée de L’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg où elle a étudié le bijou contemporain pendant 3 ans, façonne des pièces aériennes et pures, dans du laiton doré à l’or fin ou plaqué d’argent. Au fil des années elle étoffe une création ou l’abstraction des formes organiques, crée par l’épure et la répétition côtoie des représentations figuratives ou l’humain et l’animal s’invitent.

Inspirée à la fois par le foisonnement des fleurs et plantes et par l’ordre et la géométrie organique de la nature, elle décline cette saison une nouvelle collection de boucles d’oreilles, colliers et broches, qu’elle a nommée Mobiles.

Pour l’occasion la couleur, qu’elle avait un peu mise de coté ces dernières années, refait son apparition, jouant des transparences et opacités. De petites gouttes et sphères viennent se nicher au cœur de feuilles ou se déposer sur des pistils rutilants. L’améthyste, l’agate et la cornaline irradient et diffusent leurs rayons chatoyants, tandis que le jade, le corail et l’amazonite se nimbent d’un halo laiteux.

Comme les feuillages agités par la brise, ses bijoux pendulent et se balancent doucement, tels de délicats mobiles, ses boucles d’oreille Alexander sont d’ailleurs un joli clin d’œil aux œuvres de Calder. Reprenant aussi les formes stylisées, inspirées par la technique du papier découpé, qu’elle affectionne depuis ses premières collections, les boucles d’oreilles et colliers Camélia et Chloé dessinent les contours de grandes palmes ou la couleur vient se lover dans l’éclat des pierres fines.

Une belle collection, qui vient s’ajouter aux créations des années précédentes, que Lucie Saint-Leu continue de façonner à la main dans son atelier hyérois. Ses bijoux sont distribués en ligne sur son site mais aussi en boutique, notamment dans le multi-marques Initio à Toulon, mais aussi dans le très beau concept store déco/lifestyle Pour-Vous à Hyères.

 

Studio Rice : Bestiaire Urbain

C’est plus qu’une nouvelle collection de prêt à porter que la créatrice Céleste Durry vient de présenter avec le lancement des premiers modèles de sa marque Studio Rice. C’est l’aboutissement de pratiquement vingt années passées à définir les éléments qui constituent sa vision du vêtement.

Depuis sa formation au sein de la prestigieuse Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, perfectionnée dans les ateliers de Jean Paul Gaultier et Thierry Mugler jusqu’à sa collaboration de quinze années avec le créateur Lamine Kouyate, en tant que styliste responsable des collections pour sa marque Xuly Bët, Céleste Durry a peaufiné un vocabulaire totalement singulier.

Par l’entremise de ses collections dessinées pour l’enfant, lancées il y a une dizaine d’années sous la marque Ma Petite Personne, (malheureusement devenue collector) on avait pu découvrir son amour des belles matières, des mélanges d’imprimés, des couleurs fortes. Elle proposait alors de vraies silhouettes pour les enfants, des vêtements structurés au style immanquable pop et joyeux.

Studio Rice offre ici un condensé de tout ce qui inspire la créatrice, avec ces premières pièces formant la base d’un vestiaire urbain, justement nommé « Bestiaire Urbain ». Céleste aime sa ville, Paris, dans sa diversité et ses contrastes. Cet esprit, qui mélange les cultures et les références, s’incarne aussi bien dans le grand classicisme des damas, des velours rasés épais et des jacquards aux motifs animaliers, provenant d’une maison Lyonnaise de grande tradition, que dans les coupes inspirées du street wear.

Les finitions avec biais et ganses satin, traditionnellement réservées aux vêtements couture, s’apposent sur bombers, teddy, joggings et sweatshirts. Les motifs camouflages sont des brocarts riches, mordorés, azur ou rose vif, évoquant des intérieurs bourgeois cossus. Des motifs jacquard parsemés de renards roux et de tigres vieil or, s’affichent, tels des papiers peints luxueux, sur des manteaux et blousons. Un raffinement extrême pour des pièces du quotidien, pensées de façon totalement mixte, qui s’associent, se dépareillent ou se coordonnent et peuvent même se porter dedans/dehors, car tout est réversible.

Avec Studio Rice, Céleste Durry propose des vêtements versatiles, avec lesquels on peut jouer. Ils remplissent deux fonctions que l’ont pourrait opposer. D’un côté, par leur structure et leurs détails, par exemple les fermetures de poches, de col, de poignets, ils sont pensés comme des vêtements techniques, conçus pour des urbains qui bougent. D’un autre coté, leur fabrication artisanale et les matières choisies en font des pièces d’exception aux prix oscillant entre 130 Euros pour un sweat-shirt en velours brodé et 1.200 Euros pour un manteau en jacquard. Une réflexion intéressante sur les nuances que peut revêtir la notion de  basique, l’éloignant de sa simplicité originelle, pour en faire un vêtement qui se démarquera des tendances et restera toujours pertinent.

Toutes les pièces sont fabriquées en série limitée sur commande dans l’atelier parisien de Studio Rice et sont à découvrir sur le site de la marque, mais aussi ce weekend dans le 18ème arrondissement et sur rendez-vous.

 

Photos Yannick Roudier

Découverte des modèles, essayages et précommandes le samedi 15 janvier de 13H à 18H au 11 rue Saint-Luc 75018 Paris. Devant la grande grille sonnez à l’interphone Tudor & Strauss, entrez dans le bâtiment A sur votre droite, puis au rez-de-chaussée 1ère porte sur votre droite

Pour les rendez-vous privés, adressez votre demande à rsvp@studioriceparis.com

Jours tranquilles à Belleville : L’atelier idéal

Elles sont trois femmes, Charlie Cappable, Olivia Pellerin et Virginie Blajberg à partager un atelier niché sur les hauts de Belleville, juste à côté des Buttes Chaumont. Trois créatrices, trois artisanes aux univers bien distincts, qui partagent ce lieu serein, caché derrière une lourde porte cochère qu’on pousse en ayant l’impression de faire un voyage dans le temps. Un saut au cœur d’un Paris sorti d’une œuvre de Georges Perec ou Raymond Queneau. Les coursives, aux petites portes peintes chacune d’une couleur différente, mènent à des ateliers baignés de lumière. La cour pavée croule sous les fleurs et les plantes, choyées par une concierge aux pouces verts. Mais en poussant la porte de ce lieu de création totalement féminin, on balaie l’image d’Epinal pour découvrir trois talents aux personnalités et aux styles bien affirmés et totalement modernes, qui bousculent les codes de l’artisanat et font entendre leur voix.

Charlie Cappable nous accueille, c’est par elle que l’aventure a commencé. Lorsqu’elle a décidé de s’installer pour créer pour elle-même, après 15 ans passés à le faire pour d’autres, en tant que décoratrice de cinéma, elle entend parler de ce lieu disponible et le découvre déjà équipé d’un four à céramique. Alors qu’elle n’a jamais travaillé l’argile, elle va se lancer dans la céramique sans idées préconçues sur ce qu’il est possible ou non de réaliser. Ce manque de formation empirique devient un atout qui va la pousser à expérimenter avec cette matière, à la pousser dans ses derniers retranchements, parfois jusqu’à la rupture, mais aussi jusqu’à l’obtention d’objets hybrides inédits à la fois pratiques, épurés et drôles.

Dans ce quartier de Belleville qui est le sien depuis longtemps, Charlie glane des objets en plastique aux couleurs rutilantes. Sortis fraichement d’un bazar chinois ou récoltés dans les piles d’objets abandonnés au coin des rues, les spécimens multicolores en PVC, polyéthylène, polyacrylique, élastomères et polymères en tous genres, s’accumulent chez elle en une étonnante collection. Elle voit dans ce matériau roi de la société de consommation, un outil symbolique et poétique, dont les transparences et opacités, les couleurs teintes en masse, lui offrent un vaste terrain d’exploration et d’inspiration. Elle lui rend sa fonction polymorphe première, le plastique étant par essence la pour se fondre et se couler dans tous les objets qui peuplent nos envies. Alors elle l’associe au noble grès, transforme des ustensiles triviaux en objets décoratifs purs. La carapace de plastique de ses plafonniers 280° ou ChriFtine diffuse la lumière à la manière du verre soufflé, créant une douce illusion d’optique.

Dans son travail de la terre cuite elle combine toujours le noir et le blanc, qu’elle fait vibrer au moyen d’une couleur et elle utilise le graphisme sec qu’impose le respect de la géométrie la plus pure. Ronds, carrés, triangles, ellipses, se combinent, s’empilent, se complètent. Comme Charlie est dotée d’un imaginaire fertile et fantasque, mais qu’elle connaît aussi ses classiques, la forme suit la fonction et elle vous entraine et vous suggère le mode d’emploi de cette vaisselle inspirée.

Café/Clope, se partage à deux. Deux comme vous et vos petits vices indissociables, caféine et sa copine nicotine, mais aussi vous et votre meilleur ami pour les partager. La sous-tasse peut servir de couvercle pour maintenir le breuvage au chaud, mais aussi, oh joie! de cendrier à deux places. Tels des crans sur un cadran imaginaire, les motifs combinés des grands bols et assiettes empilables O’clock forment des boites et vous donneront l’heure, même si vous ne leur avez rien demandé. En revanche ce sera toujours là même, votre heure préférée en quelque sorte, celle de la pause déjeuner, à vous de bien la choisir. Mêlant pureté des lignes, ascèse de la matière, couleurs primaires et détournements, les créations de Charlie Cappable oscillent joyeusement entre brutalisme et le dadaïsme.

Olivia Pellerin la seconde résidente partage avec Charlie, la passion de la terre et le fameux four à céramique. Elle modèle et façonne des objets en céramique et réalise des décors peints sur porcelaine fins et organiques, inspirés par la nature.

Après s’être formée au design et avoir travaillé en tant que Directrice de Création pendant 10 ans dans une agence d’architecture commerciale, Olivia a mené une profonde réflexion autour du sens qu’elle voulait donner à son travail avant de se lancer dans cette aventure.

Elle s’était déjà essayée à la céramique, mais un cadeau, un stage de pastillage à la Manufacture de Sèvres, va rouvrir son appétit pour la terre. Cette technique développée au XVIIIe siècle dans les ateliers de Sèvres, destinée à orner les robes des sujets et les objets en biscuit, consiste à réaliser, à partir d’une petite pastille de pâte, diverses formes végétales.

Assemblées elles formeront des bouquets ou des guirlandes très réalistes. Olivia exhume pour nous de petites boites en carton ces premiers essais réalisés à l’époque, enveloppés précieusement dans du papier de soie et l’on s’aperçoit de l’importance de cette expérience, tant ils sont originaux et ne cesseront de réapparaitre dans son travail. Elle a déjà imaginé ces spécimens chimériques mi terriens mi aquatiques, mi végétaux mi animaux, ces fleurs délicates aux pistils s’animant comme de petits tentacules, ces cumuls de minuscules boutons végétaux, qui ornent une partie de son travail modelé et de sa collaboration avec la créatrice textile et brodeuse Julia Gruber.

Cette expérience est aussi l’occasion d’une rencontre avec l’artisan qui la forme, qui lui donne envie de promouvoir ces savoir-faire d’exception.

Mais l’importance qu’elle accorde à la création originale, son envie de retourner au dessin, au travail de la matière, au « faire » elle-même, la poussent à se lancer et à poursuivre sa formation en céramique dans un autre atelier. Elle garde à cœur de perpétuer ce qu’elle a toujours aimé dans ses expériences précédentes : l’accompagnement des autres et les échanges créatifs avec ses clients. Elle va très naturellement trouver un moyen de concilier ces impératifs avec le statut plutôt solitaire de l’artisan dans son atelier en travaillant sur commande ou par le biais de collaborations. Les contraintes liées aux désirs et aux savoir-faire de l’autre alimentent son processus créatif.

Son travail s’oriente vers les arts de la table par le biais de collaborations avec des chefs et des traiteurs qui la sollicitent pour développer des services autour de menus thématiques ou évènementiels. A chaque fois elle s’inspire de l’univers culinaire, des saveurs et couleurs qui forment la palette gustative de ces chefs pour imaginer ses créations. Le bleu domine, qu’il soit indigo, outremer, turquoise ou de Delft. Il ponctue les plats de tâches diffuses comme des aquarelles, comme sur ces assiettes créées pour le restaurant de l’hôtel Bienvenue

On découvre aussi beaucoup de belles réalisations en peinture sur porcelaine autour du mariage, comme ce service orné de plantes entremêlées de tâches bleu profond qui évoquent un fond marin  ou des commandes personnelles de petites pièces décoratives, comme ce merveilleux vase en grès blanc modelé, à l’engobe rose pimpante, commandé par une mère pour sa petite fille, grande cueilleuse de fleurettes, ou bien ce service offert en cadeau de mariage .

De belles collaborations sont à venir pour cette année, dont on retient celle prometteuse, avec le jeune chef d’un grand restaurant parisien étoilé.

Virginie Blajberg créatrice de bijoux, est la troisième occupante que nous rencontrons. Ses créations oniriques sont nourries par une enfance bercée entre bricolage et contes de fées, deux habitudes qu’elle a conservées et qui infusent son travail.

Devenue graphiste dans une agence de pub travaillant pour le cinéma, elle va réaliser des affiches de films pendant 20 ans, mais rêve depuis longtemps de créer des bijoux.

C’est à l’AFEDAP qu’elle va acquérir pendant deux ans les savoir-faire nécessaires à la création de ses bijoux contemporains et y produire un travail d’étude sur les mémoires du corps. Elle voit déjà le bijoux comme un prolongement de notre corps physique, mais aussi comme un support mémoriel, qu’elle poussera jusqu’au reliquaire, notamment avec sa fibule Saint Eloi.

La photo est au centre de ses créations, qui opère un travail de mémoire ou histoires familiales et contes se mêlent. Virginie collectionne les plaques photographiques, qu’elle choisit pour leurs qualités graphiques avec leurs contrastes noir et blanc, mais aussi pour les décors qu’elles lui fournissent. Des branchages hivernaux évoquent des forets où il ne fait pas bon s’aventurer lorsque l’on va visiter son aïeule avec un petit pot de beurre et des maisons aux façades austères renforcent le côté romantique Victorien de ses créations qui fascinent, telles des miniatures.

Virginie ne travaille pas à cire perdue, mais façonne l’argent à la main avec de petits outils de cordonnier, dont les irrégularités laissent des traces infimes sur la matière. Elle intègre ces plaques photo dans des broches et pendentifs, mais collecte aussi d’infimes objets dans des brocantes qui trouveront leur place sur ses créations uniques.

Les pierres précieuses ou semi précieuses, sont peu travaillées pour leur conserver un aspect brut et liées à des anneaux d’argent martelé ou nouées par un fil de métal précieux, comme un présent crée spontanément pour déclarer sa flamme. Elle égrène aussi le collier de perles de sa mère, comme un chapelet dont les grains qui ressemblent à du riz narrent une histoire de filiation par les femmes. Elle a d’ailleurs crée avec ces perles une très belle collection dédiée à sa nièce, Lou. Elle se compose de bagues en argent qui accueillent les perles dressées dans de petites cupules, tels des pistils et de longues dormeuses en argent fin et mobile au bout desquelles les grains s’animent gracieusement.

Brasserie de l’Être : Fabrique urbaine de bières conscientes

Palais fins, amateurs de houblon, de breuvages fermentés raffinés et délicats, de bestiaires fabuleux, de jeux de rôles et de calembours de haut vol, faites halte, nous avons trouvé la bière philosophale ! Bienvenue à la Brasserie de l’Être.

A la limite du 19ème arrondissement, près du canal de l’Ourcq et du bassin de La Villette, dans un grand bâtiment en briques s’est installée depuis 2015 une des quatre brasseries de Paris intra-muros, la Brasserie de l’Être. Fermement implantée dans son terroir parisien, la brasserie fondée par Edward Jalat-Dehen et ses quatre associés, produit des bières parisiennes exigeantes, avec à cœur de véhiculer des valeurs de partage, de convivialité, de culture et de joie de vivre, que les fondateurs associent à l’esprit de la ville.

La brasserie utilise des matières premières locales et s’est imposée le cahier des charges rigoureux de la mention Nature et Progrès.  Tous les ingrédients y sont évidemment issus de l’agriculture biologique, avec des standards plus rigoureux que pour l’obtention du label AB, détenu lui aussi par la brasserie. La démarche globale Nature et Progrès de respect du vivant, prend aussi en compte les engagements sociaux et économiques de la brasserie et des ses fournisseurs.

L’orge et le blé proviennent d’exploitations en Champagne, Picardie et Beauce, les houblons issus des variétés Barberousse ou Bouclier, d’Alsace et l’eau, fondamentale au processus, n’a pas subi d’osmose, pour préserver l’authenticité d’un produit purement local.

La brasserie poursuit une démarche active de soutien auprès d’associations cherchant à réintroduire la culture du houblon dans le bassin parisien. De même les déchets sont tous valorisés : l’entreprise Love your Waste, recycle et transforme les déchets organiques en méthane , les drêches qui sont utilisées pour fabriquer des crackers ou des cookies.

Cette approche globale exigeante au cœur du projet, traduit complètement l’esprit engagé et perfectionniste des fondateurs. Au rendez vous, des bières vivantes, non filtrées et non pasteurisées, aux aromes délicats et aux textures fines, qui jouent sur la possibilité d’accords avec des mets et s’invitent déjà sur de bonnes tables. (Lire le très bon dossier du Magazine du Monde sur le sujet.)

Cinq bières permanentes composent la base de la production qui s’agrémente au fil d’expériences et de collaborations avec d’autres brasseurs ou invités créatifs, de bières dites « exploratoires », dans cet esprit de partage si caractéristique de la Brasserie de L’Être.

On navigue de la fine et légère Sphinx, une bière de saison au blé, inspirée par ces bières fermières des Flandres aux saveurs herbacées, jusqu’à la sombre et complexe Feond aux arômes persistants de cacao. Entre temps nous aurons dégusté Salamandra, légère et fleurie, Oliphant, une initiation subtile et houblonnée à l’amertume caractéristique de l’IPA et Cerberus, une triple, dont comme son nom l’indique, il faut un peu se méfier avec ses mélanges maltés et houblonnés.

De délicieux petits ovnis exploratoires sont développés sous le label du sextant, telle la Triplex Coffee Dementia, qui associe les aromes racés d’un café du Honduras fourni par Café366. Et enfin sous la dénomination LoveCraft, est produite une série de bières éphémères collaboratives, en série limitée (1.000 litres) qui font certainement faire de beaux rêves aux Grands Anciens. La prochaine sera blanche ET noire, qu’on se le dise.

Parce que le nectar est encore plus apprécié quand le flacon est à la hauteur, les bouteilles s’ornent d’illustrations noires et blanches faites au point par un ami du quatuor, graphiste devenu tatoueur. Un bestiaire empli de créatures fantastiques en écho aux noms évocateurs des bières et aux histoires qui les accompagnent. (Mention spéciale pour celle du cornac indien du vieil Oliphant Jerakine)

Vous l’aurez compris, les fondateurs de la Brasserie de L’Être sont des esthètes et de fins lettrés au sens de l’humour aiguisé, qui produisent des bières à leur image, fines et complexes, généreuses et accessibles à tous.

BRASSERIE DE L’ÊTRE

7 ter, rue Duvergier

79019 Paris

Fondation Carmignac à Porquerolles : Sea of Desire

Une mer de désir. Une toile gigantesque nous l’annonce, nous prévient peut être : attention danger, mer de désir. C’est cette œuvre d’Ed Ruscha qui donne le ton de l’arrivée à la Fondation Carmignac ouverte depuis le 2 Juin sur l’île de Porquerolles. Curieusement elle est noyée dans une mer de verdure, cachée au fond des bois.
Cette «  mer de désir » en évoque immédiatement une autre, celle du grand poète indien Rabindranath Tagore. Dans un de ses poèmes les plus connus, Playthings il décrit cette impossibilité de l’homme devenu adulte, accablé par une quête matérialiste sans fin, d’être libéré de ce désir dévorant qui l’engloutit.

Child, how happy you are sitting in the dust, playing with a broken twig all the morning.
I smile at your play with that little bit of a broken twig.
I am busy with my accounts, adding up figures by the hours
Perhaps you glance at me and think, « What a stupid game to spoil your morning with! »
Child, I have forgotten the art of being absorbed in sticks and mud-pies.
I seek out costly playthings, and gather lumps of gold and silver.
With whatever you find you create your glad games, I spend both my time and my strength over things I never can obtain.
In my frail canoe I struggle to cross the sea of desire, and forget that I too am playing a game.
Sir Rabindranath Tagore, The Crescent Moon (London: Macmillan, 1918)

Déplorer l’art perdu du jeu. Regretter ce bonheur crée par les joies simples de l’enfance, remplacé par l’accumulation des richesses, ce désir de posséder insatiable. Sentir la fragilité et la vacuité de sa lutte pour satisfaire ce désir impossible qui dévore tout. Maintenir le cap sur la mer des désirs dans un bateau voué à sombrer.

Un écho que l’on perçoit d’autant plus, que cette fondation est l’œuvre d’un homme, Édouard Carmignac, fondateur et président d’une des plus importantes sociétés de gestion d’actifs française, qui a rassemblé depuis plus de trente ans quelques 250 œuvres du XXème et XXIème siècle dans une collection personnelle, qu’il souhaite désormais partager avec le public. Une fortune colossale, une collection inestimable, une vie passée à faire la fortune d’autres. Une mer de désirs.
On a envie d’y corréler cette propension du collectionneur à tendre vers le subversif, l’iconoclaste, la provocation que portent ces artistes et les œuvres qu’il a choisies.
Au fil des 70 œuvres extraites de la collection qui sont présentées en ouverture, on navigue entre les icônes révolutionnaires que sont Mao et Lénine, peints par Andy Warhol, celles de la féminité, qui s’entrechoquent entre la vénus de Botticelli et la femme idéale de Lichtenstein. Puis viennent ceux qui détruisent les idoles, Maurizio Cattelan dézingue l’institution du musée qui transforme l’artiste en pantin, Jean-Michel Basquiat regarde les anges tomber dans la douleur et aussi un jeune Édouard Carmignac danser frénétiquement.
La photographie, pour laquelle un prix, dédié au photojournalisme a été crée par Édouard Carmignac en 2009 est bien entendu présente. Elle témoigne d’une société violente qui danse sur un volcan comme dans  les œuvres de Davide Monteleone (Lauréat du 4ème prix Carmignac du Photojournalisme), qui nous montre la Tchétchénie meurtrie par une pacification faite dans la force.

Cette présentation d’une sélection engagée, forte, perturbante par endroits et parfois un peu démonstrative parmi les œuvres du collectionneur est tempérée par le lieu lui même, dépouillé, lumineux et serein. Conçu au cœur de l’île, sur l’ancien domaine de la Courtade, il se cache au creux d’une foret d’eucalyptus et se niche en partie sous terre, pour ne pas modifier ce site protégé, situé sur le Parc National de Port Cros.

Les salles sont vastes, organisées en transept et nef autour d’un chœur. Un écho mystique qui se prolonge dans la visite faite pieds nus, au contact de la fraicheur et de la rugosité d’un sol de pierre, qui nous ancre dans le moment présent et réveille nos sens, que la torpeur méditerranéenne aurait pu altérer.

Ici point de spots mesquins dont le reflet pourrait perturber la contemplation. De vastes ouvertures sont pratiquées dans les salles, ouvrant le regard vers le jardin ou le ciel qui se couvre d’un filet d’eau apaisant et rafraichissant sur le plafond de verre de la grande salle.

C’est d’ailleurs peut être dans la nature, dans le très beau « non jardin » de sculptures que l’on ressent le mieux la communion entre l’île et l’Art. Dans un cadre aménagé, mais finalement à peine changé, tant il respecte les espèces endémiques et la configuration du terrain, on navigue entre cistes, myrtes, oliviers et eucalyptus, découvrant au cœur d’un bosquet les quatre saisons grimaçantes d’Ugo Rondinone ou se perdant dans les méandres d’un labyrinthe de miroirs crée par le danois Jeppe Hein.

Les trois alchimistes de Jaume Plensa, masques de visages enfantins immenses, nous accompagnent à la fin de notre visite. Sereins et majestueux ils évoquent les Moaï d’une autre ile, celle de Pâques. Un autre endroit suspendu dans le temps. L’insularité donne a cette fondation un caractère unique, coupé du réel, ou l’on ne se dédiera pendant le temps de la déambulation qu’à la contemplation.

On a envie de croire, comme Daniel, le héros de Michel Houellebecq, qu’il existe quelque part, au milieu du temps, la possibilité d’une ile et que le bonheur reste un horizon possible.

La Fondation Carmignac est ouverte tous les jours de Juin à Novembre, de 10h au coucher du soleil.
Réservation en ligne recommandée car un maximum de 50 personnes par demi heure est accepté dans les salles.
L’île de Porquerolles est accessible via les navettes TLV depuis la Tour Fondue à Giens

Exposition 100 cups : les tasses Cappable

A partir du 8 Juin prochain la galerie Goutte de Terre organise une exposition 10 artists/100 cups, qui regroupera le travail d’artistes céramistes autour de la tasse.
Cette exposition, qui a vocation à devenir permanente, sera notamment l’occasion de découvrir les modèles crées par Charlie Cappable dans ses collections Sniize, VanM. et Café-Clope.
4 rue Basfroi, Paris 11ème

Café 366 : Torréfacteur de cafés de terroirs

Au début de cette aventure, il y a un petit grain. Un petit grain qui ressemble à une cerise et dont la légende voudrait qu’il ait été découvert par des paysans Éthiopiens de Kaffa, qui se demandaient d’où leurs chèvres indomptables, tiraient leur énergie extraordinaire. Un petit grain qui a poussé un couple, Lætitia Natali et Stanislas Marçais à faire un tour du monde de 366 jours, dédié à la découverte de ceux qui le cultivent et en vivent. Une expérience qui les a transformés pour toujours et a donné à Lætitia l’impulsion nécessaire pour ouvrir une nouvelle page de sa vie professionnelle.
C’est dans l’atelier de torréfaction collaboratif de The Beans on Fire que nous retrouvons Lætitia Natali, torréfactrice passionnée, qui nous parle de son entreprise, Café 366. Rencontre.

Lorsque Laetitia partage avec nous son histoire, tout semble couler de source et se mettre en place naturellement. Une évidence, elle était faite pour être torréfactrice. Elle parle du café avec passion et partage avec nous sa connaissance parfaite de son sujet. Pourtant il lui aura fallu huit années pour donner vie à ce projet, pour le porter à l’état de maturation nécessaire à sa viabilité. Huit années qui auront débuté par un tour du monde. Une aventure qu’elle décide de vivre avec son compagnon, Stanislas.

Une année de congé sans solde prise auprès de l’agence de communication dans laquelle elle travaille depuis 10 ans en tant que Directrice de Clientèle. Une envie de partir, mais pas encore de thème déterminé au moment du départ. Le café va s’imposer presque par hasard, au détour d’un déjeuner. De Septembre 2007 à Septembre 2008, Lætitia et Stanislas vont se lancer sur les traces du café, en partant de son berceau, en Afrique, jusqu’aux coffee shops californiens, qui leur feront découvrir une nouvelle façon de le déguster. Le récit de leur aventure, qui les conduit du Yémen (Où au premier jour on leur sert…du Nescafé !) à l’Éthiopie, puis au Kenya, Tanzanie, Madagascar, Brésil, Bolivie, Pérou, Colombie, Panama, Guatemala, Mexique et Indonésie, est relaté dans un blog/journal de bord.

On y voit émerger une véritable passion, née des rencontres avec des hommes et femmes liés par une culture commune autour du café qui les fait vivre et animée par une envie d’en apprendre toujours plus sur ce grain magique.

De retour en France, Lætitia quittera définitivement son poste pour se former pendant deux ans et demi à la « caféologie » et à la torréfaction, à l’Arbre à Café et à la Caféothèque. En tout un processus de huit années qui aboutira en 2017 à la création de Café 366, torréfacteur artisanal de café de terroirs.

Laetitia travaille avec des importateurs de grains de café vert ayant une démarche axée sur un travail durable et équilibré avec des producteurs de café, basé sur la valorisation des spécificités de leurs terroirs et de leurs savoir-faire. La démarche engagée des ces petits importateurs est importante pour elle, car elle s’en remet à eux pour établir ce lien direct avec les producteurs si important pour elle. Cette éthique et cette rigueur de travail lui permettent d’avoir accès à des cafés verts d’une grande qualité et d’en connaître parfaitement l’histoire et la provenance.

Café 366 sélectionne des cafés d’Amérique du Sud et centrale, ainsi que d’Afrique, issus de terroirs très spécifiques. Leur caractère et leur saveur sont fonction du lieu sur lequel ils ont poussé. Tous sont des arabicas (cultivés avec parcimonie en altitude contrairement aux robustas qui font l’objet d’une culture intensive dans les plaines, notamment du Brésil et sont plus forts en caféine), certains font l’objet de soins particuliers, comme le séchage à la main. Tout ensuite réside dans l’art de la torréfaction de Lætitia.

Les cafés sont proposés en grains ou moulus selon la méthode d’extraction choisie (expresso, moka, filtre, piston…) pour en révéler tous les arômes et vous pouvez les découvrir sur le site de Café 366 ou le  samedi de 9h à 14h au marché couvert  du Pré-Saint-Gervais ou Lætitia tient un stand.

 

Pascal Gautrand fondateur de Made in Town

Pascal Gautrand, fondateur de Made in Town : Revitaliser la création locale

Pascal Gautrand est le fervent défenseur d’une culture de la fabrication textile ou industrie et artisanat se répondent. Dans un système de mode interactif qui dialogue et se nourrit de la curiosité du consommateur, il cherche à offrir un panorama des savoir-faire des meilleurs acteurs de la filière mode et textile pour permettre la mise en place de synergies et la création de partenariats durables. Rencontre avec un « entremetteur » de talents.

Le parcours de Pascal Gautrand, riche et éclectique, l’a mené de la création textile et graphique au conseil en stratégie et en communication.

Diplômé de l’ESAAT Roubaix et de l’Institut Français de la Mode, il a été le premier designer de mode a devenir résident à la Villa Médicis à Rome. Il poursuit depuis ses débuts une réflexion active sur le système de la mode et la place de l’individuation au travers du vêtement au cœur d’un système de production en série. C’est ce parcours qui l’a mené à rechercher des acteurs d’excellence dans la filière mode capables de production sérielle et pas uniquement de réalisations artisanales en pièces uniques. Dans cette recherche, la question de la fabrication locale est devenue centrale à son approche.

Pascal Gautrand a crée un espace parisien dans le quartier du Vertbois, doublé d’une plateforme de conseil et d’un magazine digital, dédiés aux savoir-faire dans les domaines de la mode, du textile et du design, nommé Made In Town. Il y propose une programmation d’ateliers, des expositions, des projections, des rencontres, et une sélection de produits issus des métiers de l’artisanat et de l’industrie locale.

Ainsi qu’il le définit, « Made in Town est une plateforme de conseil et de production spécialisée dans la valorisation des savoir-faire et des fabrications locales. Elle participe à l’amélioration du lien entre public et producteurs en mettant en valeur l’artisanat et l’industrie à la lumière de notions telles que le territoire, le patrimoine, l’excellence et la singularité. »

Une démarche qui trouve son prolongement dans deux évènements, réservés aux professionnels, sur lesquels il intervient pour le compte de Première Vision. Tout d’abord le salon Made In France, au Carreau du Temple, qui regroupe les acteurs de la filière mode française, pour lequel il réalise un sourcing, soumis ensuite au comité, ainsi que la Direction Artistique. Un cycle de conférences autour de la fabrication française mis en œuvre par l’Institut Français de la mode rassemble tous les intervenants de la filière pour permettre des échanges sur les meilleures pratiques, complète le parcours.

Au sein du Salon Première Vision, il établit le sourcing et la stratégie, du parcours Maison d’Exceptions. Il part à la recherche de fabricants et artisans venus du monde entier, dont les savoir-faire traditionnel ou l’utilisation de technologies de pointe, en feront des interlocuteurs et partenaires de choix potentiels pour les créateurs visitant le salon.

En 2015 Pascal Gautrand a mis sur pieds avec Made In Town une exposition/rencontres à Castres autour des savoir-faire des artisans et fabricants de la Montagne Noire. Un événement destiné à faire connaître au public la grande variété de  savoir-faire authentiques et novateurs de cette région ou le travail de la laine fût longtemps prédominant. Un regroupement et des échanges riches autour de créateurs et industriels dans le domaine de la laine et du textile, bien sur, mais aussi, du bois, du cuir, de la céramique et de la pierre.

S’inspirant de cette expérience fructueuse, ainsi que des tables rondes mises en œuvre par l’IFM pour Made in France et pour répondre à un besoin d’établir du lien entre des acteurs locaux, sur un nouveau territoire plus vaste (dessiné par le découpage régional issu de la loi régions de 2015), Made in Town a crée en partenariat avec Mode Made in France et avec le soutien de la région Occitanie, le programme Made in Occitanie en 2017.

L’objectif est de créer du lien et de faire se rencontrer et échanger les acteurs locaux autour de thématiques communes (le bois, le textile, les cosmétiques…) mais aussi de thématiques transversales, telles que la communication liées à la notion de territoire, ou les problématiques de distribution des produits issus de cette fabrication locale, d’exportation et de stratégie marketing spécifique. Une démarche tournée aussi vers un public plus attentif et curieux des méthodes de fabrication, des matériaux et de l’authenticité des produits qu’il consomme, via les ateliers et les cycles de conférence.

Pascal Gautrand met en avant le rôle politique et social que joue créateur dans ses arbitrages et choix au sein de la filière de fabrication, mais aussi l’importance que peuvent revêtir ces choix lorsqu’il s’agit de se différencier dans un paysage global fortement concurrentiel. S’orienter vers une production locale à partir de matériaux issus d’un terroir, permet non seulement une différenciation forte des produits et une adhésion importante des consommateurs en quête d’authenticité, mais aussi un maintien et une revalorisation de techniques et de main d’œuvre, au cœur d’un territoire économique.

Un engagement qui a aussi du sens en milieu urbain. A ce titre Made in Town contribue à montrer les coulisses de la fabrication locale urbaine, mais aussi à faire découvrir aux urbains de nouveaux territoires de fabrication. Ainsi, au cœur même du quartier ou la galerie est établie, Made in Town a co-organisé avec Slow made, en parallèle de l’événement « Futurs en Transmission » et en partenariat avec l’Institut National des Métiers d’Art et le Musée des Arts et Métiers, avec le soutien de Vertbois, Nazareth Market, Concept Streets et Smadja Holdings, le projet Triangle Arts et Métiers. Dix espaces seront ouverts à la création et au savoir-faire à l’occasion de l’édition 2018 des Journées Européennes des Métiers d’Art (JEMA) du 3 au 8 avril 2018. Une occasion de découvrir au cœur d’un même quartier, les créations uniques de créateurs de design et de mode. Les candidatures soumises à un jury professionnel, ont été retenues sur des critères de qualité, d’authenticité et d’inventivité. Une occasion de re-découvrir ce quartier en transition depuis plusieurs années et qui se positionne désormais comme un véritable « quartier des savoir-faire »

 

MADE IN TOWN

58, Rue du Vertbois

75003 Paris

 

TRIANGLE ARTS ET METIERS

Du 3 au 8 Avril 2018
rues Vertbois, Volta et Notre-Dame de Nazareth Paris 3ème

Horaires d’ouverture : de 11h à 19h
Nocturnes les 4 et 6 avril jusqu’à 22h

Archipel : La nécessité d’une île

C’est sur une île italienne, l’Isola Comacina, qu’a pris forme dans l’atelier du designer Sébastien Cordoléani, le premier sac qui donnerait naissance trois ans plus tard à sa marque, Archipel. Objet du désir.

En résidence sur cet ilot posé sur le lac de Côme, il expérimente alors la création d’objets réalisés en pliant des feuilles de cuir recyclé. La visite de son frère et sa recherche d’un sac de voyage simple, qu’il pourrait fabriquer intégralement avec les matériaux à sa disposition, le conduisent à pousser plus loin son processus, pour créer un sac sans aucunes coutures, dont le pliage sera maintenu en forme uniquement par son anse.

Ce processus, qui fait la part belle à une matière unique exploitée pleinement sans autres artifices, ainsi qu’à l’épure de la forme, qui se dédie entièrement à sa fonction, on le retrouve tout au long des projets élaborés par ce prolifique designer industriel formé à l’ENSCI et lauréat de multiples prix, dont le Grand Prix du Jury de Design Parade, décerné par la Villa Noailles en 2007.

Qu’il travaille le papier technique pour créer ses objets et suspensions Pattern ou sa lampe Alcôve, le métal pour le Marchepied L, édité par Tolix, ou déjà le cuir pour sa chaise Strates, les matériaux naturels sont traités en une seule pièce, façonnée et structurée, combinant pureté et ingéniosité du dessin et savoir-faire de l’artisan.

Pour créer sa ligne de sacs Archipel, Sébastien Cordoleani ne se fait pas maroquinier, mais prolonge sa réflexion de designer autour de cet objet incontournable de nos garde-robes, pour revenir à l’essentiel Il choisit des cuirs mats, ingrassato, teintés à cœur et tannés naturellement grâce à des végétaux. Leur texture consistante mais souple sous la main, est exploitée de façon parfaite dans un subtil jeu de découpe unique à l’emporte pièce et de pliage, retenu par une bandoulière et fermé par deux petits rivets en laiton façonnés à la main par un artisan parisien. Aucune couture, aucun détail inutile, chaque élément présent sur le sac fait corps avec l’objet et sert sa fonction première de contenant. La forme est simple et intemporelle, le cuir, à la beauté brute et galbée se patine avec le temps.

Le modèle originel est désormais décliné en trois tailles, petit, moyen et grand et a aussi donné naissance à une besace, une pochette et un sublime sac à dos, conçu sur le même postulat. Des matériaux nobles, une forme épurée, une fabrication locale, une vision moderne et personnelle de l’accessoire, promise à un bel avenir.

Atelier marionnettes d’ombres avec Blanche Heugel

Nous vous avons récemment parlé dans un portrait de Blanche Heugel, comédienne, metteur en scène, marionnettiste, et de son nouveau spectacle, Les sept vies d’Alexandra David-Néel. Ce dernier, qui retrace la vie fabuleuse de l’exploratrice, écrivaine et orientaliste, qui traversa déguisée en mendiante, les hautes routes du Népal et fut la première occidentale à pénétrer la capitale du Tibet au 19ème siècle, sera joué pour six représentations au Lavoir Moderne Parisien*.

Pour prolonger l’expérience autour de ce spectacle, ou Blanche Heugel, seule en scène et accompagnée de la musique d’Olivier Lerat mêle jeu d’ombres et marionnettes,  la comédienne animera un atelier ouvert à tous autour du théâtre d’ombres intitulé  » Les rêves d’Alexandra« .

Guidés par Blanche Heugel, vous pourrez y découvrir les techniques du théâtre d’ombres, fabriquer et apprendre à manipuler votre propre marionnette.

Cet atelier est ouvert à tous à partir de 6 ans. Parents et enfants peuvent y participer ensemble.

Chacun repart avec sa marionnette!

L’atelier aura lieu de 15.45 à 17.45, le Samedi 10 Février à la Petite Rockette 125 Rue du Chemin vert 75011 Paris. Tarif 14 Euros.

Vous pouvez vous inscrire directement en ligne ici

N’hésitez pas pour plus de détails à contacter la.caisse.a.glingues@gmail.com et découvrez le travail de la compagnie  sur le site http://blanche-heugel.fr

 

*Les Sept Vies d’Alexandra David-Néel représentations les 3 et 4 Février à 15h, au Lavoir Moderne Parisien 35 Rue Léon 75018 Paris (Tarif participatif Plein 10/8euros Réduit: 8/6 euros Tarif de groupe (à partir de 10 personnes): 5 euro) suivies de l’atelier à La Petite Rockette. Puis les 26,27,28 Février et 1er Mars à 14.30 toujours au Lavoir Moderne Parisien

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Turquoise Mountain : la fierté retrouvée des artisans afghans

« Si haute que soit la montagne, on y trouve toujours un sentier. » ce proverbe afghan illustre bien l’esprit qui anime Turquoise Mountain, tant son travail de restauration, de conservation et de transmission de patrimoines culturels matériels et immatériels dans des pays ayant subi les ravages de décennies de guerre, est ardu et pionnier. Cette ONG née en Afghanistan il y a une dizaine d’années, dont les objectifs sont d’identifier mais aussi de former des artisans capables de participer à la restauration, à la conservation et à la transmission de savoir-faire séculaires, dans des zones d’Asie et du Moyen-Orient ou les conflits récurrents ont mis à mal des héritages architecturaux, artistiques et artisanaux d’une richesse millénaire.

Dépassant ces missions d’origine, Turquoise Mountain, en permettant à une nouvelle génération d’artisans d’incarner le lien entre continuité et renouveau culturel de pays dévastés par des décennies de conflits, contribue à restaurer l’âme de ces pays en leur sein et à l’étranger.

Nous avons rencontré Bastien Varoutsikos, archéologue, spécialiste du Proche-Orient et du Caucase, qui depuis plusieurs années s’est investi en tant que consultant en patrimoine culturel auprès d’organisations internationales et travaille désormais pour Turquoise Mountain. Entretien.

The Artisans : Pouvez vous nous parler des origines de Turquoise Mountain ?

Docteur Bastien Varoutsikos : Turquoise Mountain est une ONG caritative crée à Kaboul en 2006 à l’initiative conjointe du Prince de Galles et du Président afghan Amin Karzai. Elle reçoit le soutien de nombreux donateurs, dont le British Council, l’USAID, la Fondation Saïd…

A l’origine de l’organisation il y a la volonté de restaurer le quartier historique de Murad Khane à Kaboul. Ce quartier, autrefois centre culturel et commercial de Kaboul qui accueillait son bazar, a délimité la ligne de front pendant près de quarante ans de conflits et a été totalement dévasté ; il était voué à une démolition certaine, malgré son inscription à la liste des sites en danger de la World Monument Fund Watch. Il était devenu insalubre et servait de refuge précaire aux afghans qui avaient été déplacés par les conflits et avaient réinvesti la capitale.

La volonté des fondateurs était d’impliquer totalement les afghans dans cette reconstruction et de faire appel aux savoir-faire traditionnels locaux pour le mener à bien. Ce chantier a été colossal. Il a nécessité le travail d’un millier d’ouvriers pour dans un premier temps déblayer les centaines de mètres cubes de gravats et de déchets. Nous avons ensuite recherché des artisans locaux capables de participer à une restauration des bâtiments historiques. Le patio du 19ème siècle et ses panneaux traditionnels de cèdre sculptés, les jalil, ont été restaurés à l’identique par des ébénistes, ainsi que les murs en pisé.

Ce lieu abrite désormais des salles de cours en ébénisterie, céramique, joaillerie, calligraphie et peinture de miniatures, ainsi que les bureaux de l’organisation.

 

T. A. : Expliquez nous comment cette restauration s’inscrit dans un plan plus large de revitalisation des savoir-faire afghans, mais aussi du tissu économique et social, au niveau local, mais aussi à l’étranger.

D. B. V. : L’organisation a privilégié une approche holistique, seule capable de garantir la pérennité du projet. D’importants travaux de voirie et d’assainissement ont été réalisés, une école élémentaire ainsi qu’une clinique ont été construits.

La création de la première école d’arts à Kabul, l’Institute for Afghan Arts and Architecture a permis l’intégration d’artisans afghans expérimentés dans le corps enseignant. 5.000 étudiants ont déjà été formés et une grande partie s’établit à son compte ensuite, parfois grâce au soutien de l’organisation. Tout cela renforce bien entendu le tissu économique local très affaibli et redonne un sentiment de fierté aux artisans et à la communauté.

Mais au delà de l’aspect de transmission, l’organisation s’est positionnée comme une marque qui commercialise et promeut le travail des artisans à travers le monde. L’idée est de sortir de l’image « folklorique » que l’occident peut avoir de ces pratiques artisanales. De nombreuses collaborations avec des designers et architectes ont été mises en œuvre et ont donné lieu à des réalisations d’ouvrages au Moyen-Orient et en Europe. Les produits crées par les artisans associés à Turquoise Mountain sont distribués dans des concept stores haut de gamme du monde entier. Ils sont recherchés pour leur unicité, la maitrise des artisans-créateurs, leur modernité et leur authenticité.

Des savoir-faire spécifiques, ayant quasiment disparus, telle que l’émaillage bleu profond des poteries d’Istalif, le travail délicat d’orfèvrerie et de sertissage de pierres précieuses et semi précieuses, acquièrent une nouvelle notoriété à travers le monde.

T. A. : Turquoise Mountain s’est fixé des objectifs de conservation mais aussi de développement des pratiques culturelles immatérielles. Pouvez vous nous expliquer en quoi consiste ce travail ?

B.V. : Turquoise Mountain a voulu pousser l’agenda culturel plus loin et d’une organisation de développement pur au départ, devenir une pionnière en matière de développement des pratiques culturelles immatérielles.

La convention de l’UNESCO de 2003 sur la sauvegarde des pratiques culturelles immatérielles, pose le cadre de cette approche novatrice. Nous prenons en considération non plus seulement les réalisations et les savoir-faire, mais aussi les aspects culturels qui entourent la production de ces objets : l’histoire, le vocabulaire associé, les espaces culturels, les représentations. Ce patrimoine est transmis au sein d’une communauté, souvent oralement, de génération en génération et il est soumis à des altérations et des évolutions. Il est un garant de continuité et ainsi que la convention de l’UNESCO l’établi, il contribue à « promouvoir le respect de la diversité culturelle et de la créativité humaine ».

C’est un travail essentiel dans ces zones qui ont été et sont encore soumises à de fortes tensions, pour recréer une cohésion. On va ici faire un gros travail de recherche des artisans sur des territoires morcelés et qui parfois deviennent inaccessibles soudainement. On doit faire preuve de patience, compter sur le bouche à oreille, car les artisans ont été déplacés ou ont abandonné leur pratique en raison des conflits. On m’a orienté un jour vers un luthier ayant fui au Pakistan et qui avait du dissimuler aux yeux des talibans les Rubab qu’il fabriquait en faisant passer le corps de l’instrument pour un siège, car toute musique était interdite.

On réalise un inventaire et une collecte de ce patrimoine, mais on essaye de le maintenir vivant avec une approche de conservation holistique dynamique. C’est un patrimoine qui doit rester vivant et ne pas être figé.

T.A. : Après l’Afghanistan Turquoise Mountain s’est investi en Birmanie et en en Arabie Saoudite, avec des projets de développement de partenariats avec des artisans locaux. Un nouveau projet ambitieux est celui qui a commencé en Jordanie. Pouvez vous nous en parler ?

B.V. : Nous menons au sein du camp d’Azraq un travail d’identification d’artisans avec l’espoir de pouvoir créer un lieu de travail et de transmission au sein du camp. C’est un endroit extrêmement difficile d’accès et fermé sur lui même, très différent de camps comme celui de Za’atari, ou des formes d’expression artistiques et d’échanges de services s’établissent dans l’enceinte du camp. C’est l’un des plus grands camps de réfugiés syriens en Jordanie, plus de 80.000 personnes y vivent pour une très longue durée dans des conteneurs alignés au milieu du désert. Le camp est très sécurisé et notre travail est rendu plus compliqué par les décisions de fermetures temporaires pour raison de sécurité qui nous retardent. Mais nous avons bon espoir et avons déjà mené des entretiens et identifié des artisans volontaires. Il nous reste maintenant à trouver comment faire rentrer les matériaux et de l’équipement dont nous avons besoin pour qu’ils puissent travailler, mais nous sommes confiants, il faut être persistant et patient.

 

Vous pouvez découvrir les créations des artisans soutenus par l’organisation Turquoise Mountain sur plusieurs sites dont le magnifique site Ishkar ou la belle sélection de Far and Wide  et enfin un site dédié aux bijoux Pippa Small

Blanche Heugel : Voyages imaginaires au long cours

Par une très froide matinée de décembre, dans une salle dépouillée du Théâtre de Verre, nous avons voyagé par delà les chaines montagneuses du nord de l’inde, jusqu’au Sikkim et au Tibet, nous réchauffant au milieu des sommets glacés grâce à la technique bouddhiste du Toumo. Notre guide, Blanche Heugel, nous avait tous embarqués, adultes et enfants, dans un de ses voyages imaginaires dont on ressort transporté à plus d’un titre, sur les traces de la plus grande et la plus fantasque exploratrice que le début du XXème siècle ait connu, Alexandra David-Néel.

Le thème du voyage est omniprésent dans le travail d’auteur et de comédienne de Blanche Heugel, qui confesse ne pas être elle même une grande voyageuse. Ses voyages, elle les vit grâce à la littérature, son premier sujet d’étude, tout comme Alexandra David-Néel le faisait au travers des écrits de Jules Verne, avant de se lancer dans une vie entière d’explorations.

Blanche décrit ainsi son approche « Je suis une adepte du voyage immobile. Voyage imaginaire : je travaille souvent dans mon lit! Absolument sans bouger de son lit, on peut voyager à l’autre bout de la planète; et pas seulement sur terre, on peut voyager aux confins de la galaxie! C’est à l’imagination du spectateur que je fais appel dans mes spectacles, et c’est elle qui se met en branle et qui le fait voyager à travers l’espace et le temps. Quand  je vais voir un spectacle, j’adore qu’il me fasse rêver, qu’il me transporte! Sans bouger de sa chaise. »

Pour mettre l’imagination des spectateurs en ébullition, Blanche conçoit elle même dans ses moindres détails un dispositif narratif et scénique qui les immerge dans un cocon ou il se laissent porter. Fascinée depuis l’adolescence par tous les éléments qui vont composer la représentation théâtrale, depuis les décors, jusqu’à la musique, en passant bien entendu par le texte et les méthodes de jeu, Blanche Heugel a une approche globale de son travail. L’envie nait d’une histoire, qu’elle va illustrer de ses dessins et toiles qui viendront enrichir le décor et la narration. Elle ajoute à son intervention en tant que narratrice et comédienne, des personnages de papier, d’ombres, des marionnettes, imagine la musique qui accompagnera leurs aventures.

Son travail global s’inspire de formes anciennes de théâtre d’images et de marionnettes, mêlant la danse et la musique pour narrer les épopées des mythes fondateurs en Inde et des conteurs itinérants japonais du Kamishibaï, avec leurs planches décorées cartonnées.

Sa passion du théâtre, Blanche la diffuse auprès d’un public qui n’est pas familier des spectacles vivants. Elle souhaite rendre le théâtre abordable à tous et propose des ateliers ou chacun va participer au passage de l’écrit à la scène, depuis la fabrication de décors et de marionnettes, jusqu’au jeu. Lors d’ateliers parents/enfants avec les villes de Clichy sous bois et Montfermeil, elle a guidé le travail des participants qui se sont chacun approprié différemment le spectacle, découvrant pour certains de nouveaux moyens d’expression au travers du dessin. Elle a travaillé en lien avec la DRAC et les services sociaux pour élaborer un projet autour de la ville et du territoire, créant avec les adolescents un théâtre d’ombres corporelles. Un spectacle et une exposition, la cité des ombres ont vu le jour.

Vous pouvez suivre les actualités de Blanche Heugel sur son site

Et découvrir Voyage Extraordinaire le livre qui retrace sa résidence à Clichy sous bois et Montfermeil.

Samuel Gassmann : l’Essence de la forme

Une rencontre avec Samuel Gassmann, créateur de boutons de manchettes et accessoires raffinés pour hommes (et femmes). Ou comment alors que l’on croyait « simplement » découvrir ses étonnantes collections et parler de son savoir-faire si particulier, nous nous retrouvâmes à disserter sur l’essence des choses et plus particulièrement le caractère singulier du plus petit élément du vestiaire masculin, le bouton. De l’ontologie appliquée à la garde robe.

Samuel Gassmann n’est pas devenu créateur d’accessoires et artisan en suivant la voie classique. Journaliste et critique d’art, il s’est  fait happer par son sujet alors qu’il réalisait des recherches pour un reportage proposé au magazine Métropolis sur Arte, dont il était alors un contributeur régulier. Son postulat était de déconstruire le vestiaire masculin pour parler du plus petit élément le composant : le bouton. C’était il y a huit ans. Les recherches durèrent six mois et le sujet ne vit jamais le jour. Qu’importe, de son voyage à Méru, (village de l’Oise, « capitale » historique du bouton ou sont installés les Etablissements F. Mercier, leader dans la fabrication de boutons de nacre, ainsi que le musée de la nacre) il rapporte un lot de boutons réalisés pour lui à des fins d’illustration, par François Mercier. Il les transforme en boutons de manchettes, accessoires du XIXème devenus quasiment obsolètes dans la garde robe masculine ; leur succès immédiat auprès de son cercle d’amis mais surtout de boutiques aussi prestigieuses que Colette, surprend et réjoui le nouveau créateur qui décide de relever le défi et se fait artisan.

Parce que Samuel Gassmann est un être passionné, il va se lancer complètement dans cette aventure. Pour construire sa première collection il va pousser à son paroxysme sa réflexion autour du bouton : D’ou viennent les formes que l’on ne questionne plus ? Il se trouve qu’avec ses 11mm de diamètre (9 pour les femmes), le bouton recèle une mine de codes et d’usages, qui vont nourrir son travail autour de cet objet en apparence anodin, qui se révèle hautement signifiant.

La révolution bourgeoise a doté le bouton de règles d’usage très précises, qui pour certaines perdurent jusqu’à aujourd’hui. Les dimensions d’abord, plus modestes pour les femmes comme nous l’avons vu, mais aussi le nombre de trous : quatre pour les hommes et deux pour les femmes. Certains codes sont eux tombés dans l’oubli, comme la différentiation des matières choisies pour tailler les pièces, qui dépendaient de l’usage du vêtement qui les accueillerait. La vie bourgeoise masculine était à l’époque rythmée par des activités appelant chacune une tenue bien différente. Le négligé pour recevoir chez soi le matin, le vêtement de jour pour vaquer à ses occupations quotidiennes, le vêtement de sport pour la vie au grand air, le vêtement de soir pour les sorties mondaines et enfin le vêtement d’apparat pour les moments exceptionnels de la vie.

Samuel Gassmann a réinvesti ces cinq temporalités, mais loin d’une approche passéiste et patrimoniale, c’est avec une vision symbolique et artistique, pleine de fantaisie qu’il embrasse ces codes. Tout d’abord il décide que la forme archétypale de ses boutons de manchettes reprendra le bouton masculin de 11mm à quatre trous et crée une variante ou les trous disparaissent pour laisser place à une forme en cabochon.

Ensuite il choisit de revenir au système de lien rigide original entre les deux parties du bouton de manchette et délaisse les systèmes modernes de chainettes ou de clipsage. Le lien sera, suivant les temporalités, en argent ou en bronze. L’argent est la matière de base qu’il choisit pour les moments du quotidien et le bronze, matière qu’il investit d’une symbolique d’ornement originel plus forte (l’âge de bronze) sera réservé à l’exceptionnel. Ces liens, réalisés en fonte à cire perdue, seront émerisés puis poli à la main par Samuel qui façonne chacun des boutons de manchette sortant de son atelier.

Pour la gamme « négligé » les matières qu’il imagine sont proches de l’intime, de l’organique. On y trouve l’os, l’ébène, la fourrure, le cuir, les cheveux. Pour le « jour » la nacre franche, très pure et blanche. Pour le soir la nacre grise plus fine. Pour le sport il choisit la porcelaine, décision qu’il avoue totalement arbitraire de la fragilité pour l’exercice physique. Enfin, pour l’apparat, Samuel utilise des matériaux anciens, qu’il chine. Du jais véritable, de l’ivoire, qu’il recycle, des yeux de poupées…autant d’histoires contenues dans ces objets d’un autre temps, qui viendront s’ajouter à l’événement que l’on célèbre.

Le luxe ne se trouve ni dans des matériaux ostentatoires ni dans une démesure démonstrative, mais dans une exagération des archétypes qui font de ces boutons de manchettes des objets artistiques plein de fantaisie et de poésie.

Samuel Gassmann s’amuse des rituels et des cérémonies, qui poussées à leur extrême flirtent avec le futile. C’est dans ce balancement entre ces deux opposés, qu’il trouve un équilibre et une histoire à raconter.

Il a étendu son univers à d’autres accessoires masculins, notamment des cravates, produites par la maison Boivin, pour lesquelles il déroule 140cm de soie pliée en 9 plis veloutés. Une profusion dont seul le toucher peut prendre la mesure.

Samuel Gassmann reçoit dans son atelier sur rendez-vous uniquement :

23, Rue Daumesnil

75012 Paris

Mail : contact@samuelGassmannn.com

Son site www.samuelGassmannn.com Sur lequel on peut acheter les collections

Ses créations sont vendues à Paris chez Colette, Astier de Villatte et Le Bon Marché.

From Rags to Riches

L’industrie textile, grande consommatrice de matières premières, produisant 80 milliards de pièces chaque année est aussi une championne du gaspillage.
Au delà des tonnes de vêtements que nous destinons à plus ou moins court terme à la poubelle (12 Kilos jetés par an et par personne en France), les fabricants se débarrassent de quantités phénoménales de chutes et de métrages intacts, qui terminent la plupart du temps incinérés. (15% de la matière textile utilisée pour la production est jetée)
Interpellée par ces aberrations, la créatrice Stacey Cotter Manière a eu envie de proposer un vestiaire élégant et totalement mixte, composé de vêtements inspirés de l’utilitaire, conçus exclusivement avec les chutes provenant des meilleurs façonniers pour hommes.
(Re)vision Society propose une approche créative de valorisation ultra exigeante et très haut de gamme, ou chaque pièce fait l’objet d’une fabrication main emplie de détails sobres et raffinés. Interview.

The Artisans : Comment est née cette envie de s’impliquer pleinement dans un projet dont l’essence serait la revalorisation de textiles de seconde main et le développement de produits haut de gamme issus du recyclage ?

Stacey Cotter-Manière : Le déclic a eu lieu en Inde, il y a quelques années, lorsque j’ai vu des animaux se nourrir de déchets en plastique dans la rue. Une vision affreuse dont je vous passerai les détails sordides.

Nous sommes une espèce qui gaspille énormément. On ne se rend pas compte. Ici, on cache les déchets donc on ne s’aperçoit pas de tout ce qu’on jette mais c’est abominable. Et on ne sait pas quoi en faire non plus.

J’ai voulu apporter ma pierre à l’édifice, en toute humilité et j’ai crée (Re)vision Society où chaque aspect de la production est pensé pour jeter le moins possible.

 

T.A. : Comment intégrez vous ces problématiques dans la conception de vos créations ?

S.C.M. : Chaque étape a est mille fois réfléchie.  Il est vrai que parfois il n’y a pas de solution parfaite, mais j’essaye d’explorer toutes les pistes et de trouver la meilleure à chaque fois. Mon obsession est de sauver les fins de rouleaux et les off-cuts de l’industrie textile. Je le vis vraiment comme un sauvetage. Quand on voit la qualité des tissus qui sont jetés on en a mal au cœur. J’ai vu d’énormes chutes et des fins de rouleaux de cachemires une fois… Au début je voulais vraiment que l’on voit que ces pièces avaient été créées avec de la récup pour qu’on se rende compte de ce que l’industrie jetait.

 

T.A. : Comment choisissez vous les matériaux utilisés et comment les transformez vous?

S.C.M. : j’écume les friperies militaires, et les manufactures textiles à la recherche des pièces à recycler. Les productions sont façonnées à la main en petites quantités dans un atelier à Londres, le sac crée en collaboration avec Nigel Cabourn a été lui fabriqué à Birmingham. Chaque pièce est unique car nous respectons les spécificités des matériaux : leurs petites différences de coloris, ou leurs défauts de tramages qui leur donnent un aspect d’autant pus artisanal et unique. Sur mon sac par exemple, une des lanières en cuir a un coté plus brun que l’autre. Cela n’aurait pas passé le test de qualité dans une grande maison où l’on part du principe que tous les modèles doivent être identiques, uniformes, ce qui les prive de vie.

 

T.A. : Justement parlons de la vie de ces créations. Vous les concevez afin qu’elles continuent de vieillir et de se patiner en beauté, qu’elles accompagnent l’acquéreur toute une vie en remplissant des usages multiples. Comment procédez vous?

S.C.M. : Pour créer le sac* pour lequel nous avons collaboré, Nigel Cabourn et moi même, nous nous sommes inspirés d’un sac qui avait près de 100 ans et qui était encore en parfaite condition. Nous avons réfléchi à pas mal d’aspects pour faire en sorte qu’il puisse remplir plusieurs fonctions. Il se porte comme un cabas, comme un sac à dos.  Idem pour la veste que j’ai créée. Elle est en toile de l’armée française de la deuxième guerre mondiale, en se boutonnant à un pantalon elle devient une combinaison pilote. En se boutonnant à une autre pièce de tissu, elle devient une veste trois quart ou encore un manteau long. Tout est possible.

 

T.A. : En vous affranchissant des courants de mode et en privilégiant la qualité de la conception, la versatilité et l’intemporalité dans vos créations, vous créez des produits durables, mais ne vous privez vous pas ainsi d’un moteur de croissance pour votre marque?

S.C.M. : C’est une bonne question. La question du modèle économique que je mets en place avec cette marque est une question que je me pose en permanence. En ce moment beaucoup de gens s’interrogent sur le système d’économie circulaire, qui permet une maximisation des ressources disponibles. C’est un système ou le cycle de vie du produit est allongé au maximum, grâce à sa durabilité. Lorsqu’il devient inutilisable, ce produit et recyclé et retourne dans un cycle de production, pour un autre usage, jusqu’à épuisement.

Par exemple, le recyclage du polyester est une bonne chose, il évite d’en produire de nouveau et prolonge sa vie. Cependant, les textiles de polyester relâchent dans l’eau lors des lavages des microfibres polluantes et on n’a pour le moment pas trouvé de solution à grande échelle à ce problème.

Ce qui est important pour moi, à mon niveau personnel, c’est d’explorer de nouvelles façons de créer de la valeur, au delà de l’usage physique des produits que nous créons.

Nous devons trouver une réponse au niveau sociétal à notre besoin d’équilibrer le fait de faire ce que nous estimons juste et celui de réaliser un profit suffisant pour en vivre. Plus nous serons à nous poser ces questions et à travailler sur ces nouvelles idées, plus vite nous trouverons des solutions.

*Le sac et le béret présentés dans l’article sont le  fruit de la collaboration entre (re)vision society et Nigel Cabourn, sont d’ores et déjà disponibles chez Isetan au Japon et seront disponibles à partir du 20 Octobre en édition limitée sur les sites de (re)vision society et Nigel Cabourn.

Les sandales de LRNCE

Nouss/Nouss, moitié/moitié. Moitié sandales/moité chaussures.

Ces souliers simples et élégants, fabriqués à la main par un artisan marrakchi pour LRNCE vont nous suivre pas à pas tout l’été et même après. Ils révèlent juste assez de nos orteils et cachent ce que l’on veut tenir secret, sous des lanières de cuir graphiques.

Mia/Borsa

De la collision entre l’univers dadaïste du studio de création M/B et le luxe minimaliste de la très jolie marque de maroquinerie française La Benjamine est né un sac clin d’œil qui nous emballe.

Jouant en permanence sur les mots et sur les codes, s’associant avec des artistes et des artisans pour mettre en scène les univers des marques créatives avec lesquelles elles collaborent, Camille de Laurens et Marine de Bouchony, duo fondateur du studio M/B livrent ici leur version décalée du sac plastique/sac pratique.

Une poche, un sachet, qui pour La Benjamine ne pouvait être qu’un objet à l’esthétique minimale et pleine de références au pop art, en coton épais imprimé de couleurs et de messages qui claquent. On y glissera ses affaires de plage, ses courses, le gouter et on pourra aussi le glisser dans un des merveilleux grands cabas en cuir perforé moelleux de La Benjamine. Merci/Beaucoup.

Laurence Leenaert, LRNCE

C’est le mois de Juin, et la fin du ramadan. Il est onze heures. La médina de Marrakech est vide, inerte. La chaleur abrutissante a étouffé la vie qui anime normalement les ruelles enchevêtrées de ce dédale. Après avoir cherché longtemps, et s’être perdues plusieurs fois, nous poussons enfin la lourde porte du Jardin, un restaurant ouvert par l’équipe du Café des Epices. Laurence Leenaert, nous attend, noyée dans une mer de zelliges émeraude. Droite sur sa chaise, elle s’évente, le regard sérieux, dans sa robe de soie ample, une de ses créations bleue indigo. Ce bleu Majorelle, et aussi celui des bédouins du désert.

A tout juste 24 ans, la force vive qu’exhale son regard intense, vient pondérer la fraicheur de son visage. Originaire de Gent, dans les Flandres belges, Laurence a eu un coup de foudre pour le Maroc et a décidé de s’y installer après ses études de mode, il y a deux ans. C’est un voyage dans le désert qui provoque le déclic. Elle loue désormais une petite maison dans la médina ou elle vit seule, et ne se déplace qu’en moto taxi. Détail qu’elle confie avec une pointe de malice.

Pour créer les collections de sa marque LRNCE, Laurence travaille avec des artisans locaux chevronnés et talentueux qui lui ont été présentés par ses contacts marocains. Elle dit qu’être une femme entrepreneuse ici n’est pas aussi difficile que l’on se l’imagine. Ses créations ré-interprètent l’esthétique et la symbolique berbère. Mais elles rappellent aussi parfois l’œuvre surréaliste de Mirò, ou Picasso – qui furent eux aussi influencés par les Arts Premiers. Des couleurs franches, des associations de géométriques, un ensemble qui évoque parfois aussi les dessins d’enfants. Couvertures tissées à la main et brodées, miroirs en rotin, robes amples, sandales, céramiques, Laurence se balade d’un objet à un autre, d’une matière et d’une technique artisanale à l’autre. Elle dit ne pas avoir de plans précis mais suit juste ses envies, son instinct. Elle donne l’impression que tout est possible. Et tout l’est en effet à son âge.

Questionnée sur ses influences, son univers artistique, elle balaye le sujet d’un revers d’éventail et nous dit qu’elle n’aime pas prendre tout cela trop au sérieux. Ses dessins sont les symboles de sa vie dit-elle, un peu comme les tatouages berbères qui ponctuent la vie des femmes d’ici. Des « doodles» qui suivent son parcours, ses humeurs. Ses propres balises cabalistiques, son propre langage.

Mais sous cette désinvolture apparente, Laurence dégage la détermination impressionnante d’une jeune femme lancée sur sa trajectoire. On parle d’elle dans le dernier Milk Déco, elle doit rencontrer Garance Doré juste après nous… Laurence maitrise aussi parfaitement bien l’image de sa marque et son compte Instagram, dont elle réalise elle même toutes les photos, rassemble aujourd’hui 24.000 abonnés. Elle y agence un univers graphique et chromique cohérent totalement cool et moderne.

Une créatrice à suivre d’urgence. Ses créations originales sont à découvrir sur le très beau site de LRNCE.

Robert Normand, Décorateur et Designer Textile

Rencontrer Robert Normand c’est passer un moment à part ou la conversation, émaillée de son humour pince sans rire, saute joyeusement du coq à l’âne, de la dernière exposition aimée, à la lecture d’un livre sur les Arts Décoratif qu’il nous fait découvrir. Au fil de l’échange, on est impressionnées et conquises par sa curiosité insatiable, sa culture foisonnante et éclectique, sa réserve et son souci de l’autre, qui en font une personne rare.

Styliste diplômé du Studio Berçot, il a fait ses armes au sein des studios d’Arnaud et Thierry Gillier, Christophe Lemaire, Hervé Léger, Ocimar Versolato, Lanvin, Lacoste, Eres et Emilio Pucci, avant de créer sa marque éponyme au début des années 2000.

Au contact des ateliers et des fabricants, il a acquis une grande maitrise des textiles et des matières, ainsi qu’une technique qui lui permettent d’exprimer une grande liberté créative. Pour sa propre marque, il expérimente beaucoup autour du motif, collabore avec des artistes et graphistes pour élaborer un univers empreint d’onirisme, autour de silhouettes féminines toujours tendues, même dans la légèreté du flou. Il combine les techniques et mélange les matières, joue de techniques multiples, de l’impression au jacquard en passant par la broderie, pour déployer ses motifs.

Déjà l’univers de la décoration fait partie de ses terrains d’expérimentations, mais c’est en 2012, après s’être formé à la peinture décorative, qu’il va véritablement s’y consacrer pleinement.

Il élabore alors au fil de ses collections, un univers ou le textile va prendre une place centrale, sur lequel l’imprimé va s’exprimer  pleinement, en utilisant les techniques de la peinture décorative. Inspiré par le travail d’effets et de trompe l’œil, reproduisant des motifs minéraux, comme l’agate ou le rocher, végétaux tel le liège et même le papier plié ou froissé, Robert Normand crée une collection de tissus originaux, mais aussi d’objets et de mobilier.

Il brouille les cartes en réinterprétant des meubles et objets anciens qu’il marquette de ses tissus, créant des patchworks de matières très graphiques. Un objet nouveau émerge. Un objet qui trompe les sens, jouant de l’illusion entre matière brute, peinture et textile. Il y associe des créations originales, stèles graphiques et tables basses modulables, dans le même traitement. Cet assemblage d’objets de provenance et d’époques variées forme sous son influence, une belle unité et une véritable collection.

Il réalise des projets décoratifs dans des lieux de vie, travail délicat ou il sait parfaitement intégrer ses créations fortes aux univers personnels qu’il traverse. Là encore, il dissémine dans les espaces et applique aux surfaces, ses peintures à effets minéraux, créant une dynamique et insufflant une énergie nouvelle aux lieux.

Sa dernière collection textile décline en trois nouveaux coloris profonds et dans des jacquards unis ses motifs fétiches. Une série de coussins, réalisés dans les tissus originaux ou combinant les motifs en des assemblages complexes et graphiques a été éditée par Robert Normand pour l’occasion. A découvrir, ainsi que  ses textiles vendus au mètre, objets et pièces uniques sur rendez-vous.

 

ROBERT NORMAND

17, boulevard Jules Ferry

75011 Paris – FRANCE

+33(0)182097244

http://robertnormand.com

Edito #4 La mode est morte. Vive la Mode!

C’est le cri appelant à un renouveau, une relève que l’on a envie de pousser au sortir de la seconde édition du forum Anti-Fashion, qui se tenait le week-end dernier à Marseille. Un événement qui a réuni autour de Lidewij Edelkort et de professionnels de la mode, des créateurs qui bousculent les règles désormais établies et viennent apporter une bouffée d’air frais bien nécessaire, après l’état des lieux alarmant dressé par les intervenants réunis.

La mode, telle qu’elle s’est épanouie jusqu’aux années 70, pleine de génie et de folie créative, libre et multiple, faisant vivre une industrie textile locale a cessé d’exister ; sacrifiée sur l’autel du marketing, victime d’une course effrénée aux profits menée par les grands groupes textiles et de luxe. C’est le postulat du manifeste aptement intitulé Anti-Fashion que Lidewij Edelkort, grande prêtresse des tendances, a publié il y a trois ans.

Le système qu’elle y décrit est devenu obsolète et contraire à la notion même de mode. On y célèbre une réussite individuelle qui passe par l’étalage d’un uniforme plus ou moins ostentatoire que tous se doivent d’adopter. Le designer est devenu une star qui suscite autant d’intérêt que ses collections, c’est l’apogée du culte de la personne, la dictature du contenant au détriment du contenu, qui crée un hiatus avec une société déboussolée en quête de sens.
Elle y dénonce le formatage de générations de créateurs pour servir un modèle économique basé sur la construction de la toute puissante Marque, ce rouleau compresseur uniformisant, dénoncé il y a presque 20 ans par Naomi Klein dans son révolutionnaire No Logo.

Si l’on aimerait tout de même nuancer un peu ce noir tableau, qui touche essentiellement le prêt-à-porter et épargne tout de même la haute-couture, on ne peut qu’accorder que ce système de mode centré sur des marques hégémoniques, crée effectivement du creux, du vide, du vain à foison. Une vacuité séduisante, qui vient apaiser de façon temporaire nos désirs de séduction, d’appartenance, d’identification et nous pousse à consommer toujours plus, pour rester dans la course.

Les collections se succèdent à un rythme toujours plus rapide, c’est l’avènement de la fast-fashion, monstre vorace qui ne crée rien mais copie tout, endossant l’image du luxe et inondant le marché de vêtements jetables, vendus à vil prix, mais avec une confortable marge. Produits dans des pays ou les ouvriers du textile n’ont pas d’autre choix que d’accepter des cadences et des conditions de travail inhumaines et dangereuses, payant parfois de leur vie, ces vêtements leur restent inaccessibles.

Comment réagir, que faire pour sortir de ce système de mode délétère? Sommes-nous, nous qui au cœur des sociétés occidentales consommons ces produits fabriqués pour notre seul agrément la plupart du temps en Asie, capables de revenir en arrière ? A un moment ou le protectionnisme et le repli sur soi, confirme que l’individualisme reste une valeur sure de Europe à l’Amérique, sommes-nous prêts à échanger avec ces pays producteurs sur d’autres bases relationnelles que celles asymétriques et verticales, du donneur d’ordre au sous-traitant ? Sommes-nous prêts à reconnaître les savoir-faire de ces fabricants et à établir un dialogue créatif avec eux, au lieu de leur imposer nos cahiers des charges unilatéralement et de faire pression sur eux pour abaisser toujours plus les coûts ?

Des Collectifs, tels que l’Ethique sur l’étiquette, représenté pendant ce forum par Nayla Aljatouni, combattent pied à pied l’exploitation des travailleurs dans les pays manufacturiers. Ils luttent pour le respect des droits humains au travail et l’ESE après avoir fait adopter par l’Etat Français un certain nombres de lois et décrets à remporté une victoire significative supplémentaire en participant à l’adoption définitive par l’Assemblée Nationale d’une loi sur le devoir de vigilance. Elle oblige les entreprises donneuses d’ordre à s’informer sur les conditions de travail chez leurs sous-traitants. Elles seront désormais tenues par conséquent pour responsables en cas de manquements aux droits humains mais aussi environnementaux.

Le collectif  opère aussi un travail important d’éveil des consommateurs aux pratiques des marques qu’ils consomment. Responsabiliser le consommateur et lui permettre d’opérer des choix en conscience est fondamental. Il implique une réelle réflexion sociale autant qu’économique, car consommer équitable c’est aussi accepter de payer ces produits à leur prix réel. A revenus constants, une réelle réflexion sur la consommation raisonnée doit se mettre en place.

Les marques, qui ont été démasquées et condamnées grâce à ces collectifs, mais qui sont aussi accompagnées par eux vers une évolution, jouent parfois le jeu. Cependant on assiste depuis quelques années à la multiplication d’actions de greenwashing et fairwashing. En produisant des collections capsules équitables et écologiques et en communicant massivement sur ces dernières, certaines marques, espèrent détourner l’attention sur la majorité de leur production, fabriquée dans des conditions toujours aussi désastreuses.

Après l’effondrement en Avril 2013 à Dacca de l’immeuble Rana Plaza et la mort de 1.135 ouvriers textile qui y travaillaient à la fabrication de vêtements pour des marques telles que Mango, Benetton, Carrefour, Auchan, Camaieu et Primark, sous la pression de l’OIT et d’ONG, les marques donneuses d’ordres

ont dû indemniser les familles et le gouvernement bangladais a pris des mesures pour revaloriser les salaires minimums et autoriser les travailleurs à se syndiquer.

Mais les conditions restent terriblement inégales. L’organisation Asia Floor Wage, qui milite en Asie pour les droits des travailleurs  explique que sur un produit textile fini, un travailleur asiatique touchera entre 0,5 et 3% du prix du produit. Cela revient par exemple à 5,54 Euros par jour de travail, pour une couturière Sri Lankaise qui fabrique les produits de la gamme Ivy Park créée pour TopShop par Beyonce. Vive l’empoyerment, mais visiblement pas pour les ouvrières du textile.  Quand la pression devient trop grande et les salaires plus aussi attractifs, il est temps pour les grands groupes de se tourner vers de nouveaux eldorado, plus accueillants et moins surveillés. H&M a par exemple préféré délocaliser en Ethiopie ou la main d’œuvre est jusqu’à 10 fois moins chère qu’en Chine et le gouvernement bien plus accommodant.

Avec le développement des lignes axées sur l’accessoire et la décoration de ces grands groupes, le phénomène s’étend au delà de la mode et du textile pour toucher l’objet.

Un espoir de retourner la table, ou du moins de la faire pivoter un peu, nait grâce à des initiatives qui visent à valoriser les savoir-faire locaux en matière textile. Évidemment, avant de se tourner vers ces pays parce qu’ils offraient une main d’œuvre bon marché, l’Occident colonial s’est intéressé à eux car ils possédaient une forte tradition textile.

 

Comment ne pas admirer les tissages et Batiks du Sri Lanka, les matelassés et l’indigo du Bangladesh, les Ikats de soie du Cambodge, Zha-Ran et broderies chinoises, les plissés des Miao du sud de la Chine et du Vietnam, les brocards de Bénarès, les Bandhani du Rajastan, les Patolas de soie de Gujarat, les lainages tissés du Népal…la liste est longue et des organisations locales se mettent en place pour réunir des artisans de valeur, former de nouvelles générations et se tourner vers l’Occident pour devenir une force de proposition.

Ils se focalisent sur l’excellence et le développement produit en proposant une offre originale, très créative et tournée vers les créateurs. Ils pensent en dehors du schéma érigé par le marché en ayant une offre terriblement attractive car très créative et techniquement sans égal. Ainsi, ils proposent à ces ouvriers textiles de redevenir des artisans, payés équitablement pour leurs savoir faire et pas seulement pour leur main d’œuvre.

Sous l’égide de Care International, Living Blue, coopérative de travailleurs et d’artisans, a vu le jour au Bangladesh et a permis la réhabilitation du délicat travail de matelassage Lohari Kheta  mais aussi de l’indigo végétal, cultivé et produit sur place. De véritables partenariats s’établissent avec des créateurs et des studios, tels qu’Anais Guery ou les Galeries Lafayette qui ont tous deux développé des collections avec l’association.

Dans la province du Gujarat en Inde, Khamir regroupe, forme et promeut le travail d’artisans locaux travaillant l’impression au bloc sur textile, la broderie sur cuir, la poterie, le tissage… auprès d’entreprises internationales.

Le luxe soutien cette valorisation de savoir-faire locaux, et pas seulement en offrant des financements, mais aussi en s’investissant directement, à l’image d’Hermès, qui a mis 6 ans pour réunir les artisans d’excellence chinois qui travaillent pour sa marque très haut de gamme Shang-Xia

Sur le forum Anti-Fashion, on découvre avec intérêt le travail de la poignée de créateurs réunis qui revisitent des savoir-faire anciens pour inventer leur propre langage stylistique en rompant avec les conventions imposées par le système de mode.

Quoï Alexander, diplômé de Central Saint Martins et passé par les studios de Chanel, Sonia Rykiel, Mary Katrantzou ou Alexander McQueen, invente une méthode de tissage sur une trame perforée et assemble des vêtements sans coutures, comme des cuirasses sublimes.

Anaïs Guery diplômée des Arts Décoratifs, du London College of Fashion et de l’Institut Français de la Mode, passée par les studios de Dior et Balenciaga, réinterprète l’indigo végétal et les savoir-faire de matelassage de l’atelier Living Blue, pour créer une collection épurée et graphique,

Eliane Heutschi, créatrice suisse de la marque Savoarfer, diplômée de l’Institut Mode Design de Bâle et de l’Institut Français de la Mode, revisite des savoir-faire textiles ancestraux de dentellerie, passementerie, broderie, tissage, faits à la main en France, pour les magnifier, les détourner ou finalement simplement les évoquer, comme des traces laissées sur des vêtements sculpturaux ou dépouillés.

Tous ont eu une formation et un parcours sans faute, qui les destinait à travailler pour de grands groupes textiles ou de luxe, néanmoins, tous ont choisi de tracer leur route en se basant sur des techniques séculaires, en les maitrisant, en les respectant pour mieux les réinterpréter, dans un grand mouvement d’échange culturel. Une ouverture et un esprit neuf qui font souffler le vent d’un renouveau de la mode qui passe indubitablement par la transmission et la valorisation de savoir-faire traditionnels appliqués à une offre créative forte et pas seulement réservée à une élite. La relève arrive.

Maison Godillot, l’invitation au voyage

Yui et Camille Boudot ont crée à Hyères une boutique qui incarne à la perfection l’esprit néo artisan. Un subtil mélange d’objets uniques qu’ils ont trouvés dans le monde entier chez des artisans et designers ou dans des entreprises perpétuant une production artisanale en petites séries. Une sélection qui ressemble à ce couple, éclectique et chaleureux qui nous accueille dans leur magnifique Maison Godillot.

Maison Godillot rassemble un univers très personnel autour de l’Art de Vivre et propose une sélection d’objets qui, de la Provence au Japon, en passant par la Californie combinent fonctionnalité et esthétique épurée. Chacun a une histoire, un créateur avec lequel ils ont vécu une véritable rencontre et entretiennent une relation d’échange autour de son travail. Chaque objet a nécessité la mise en œuvre d’une combinaison de créativité et de maitrise de savoir-faire uniques, que Yui et Camille se font un plaisir de narrer.

Le nom de leur boutique n’est pas le reflet de l’engouement de notre époque pour les appellations rétro. Il semblait évident pour eux d’adopter le nom donné par les hyérois à la Villa Saint-Hubert, ce curieux bijou architectural édifié pour l’industriel Alexis Godillot à Hyères à la fin du 19ème siècle et dont ils occupent un des magnifiques appartements. Pierre Chapoulart, l’architecte concepteur du projet avait, dans le plus pur esprit Art Nouveau réuni la fine fleur des artisans, céramistes, menuisiers, ferronniers, vitraillistes, pour créer cet édifice ; vibrante et singulière démonstration de leurs savoir faire.

Yui et Camille sont une incarnation moderne de cet esprit dérivé du mouvement Arts and Crafts. Volontairement dans leur sélection ils n’établissent aucune frontière entre Art et Artisanat, valorisant les capacités de conception autant que d’exécution des artisans qu’ils sélectionnent et croyant fermement que le quotidien peut être peuplé d’objets beaux et utiles. Ils opèrent non seulement un travail de curation au cœur de la production des artisans mais aussi de commandes spécifiques, qui donnent toute sa singularité à leur sélection. Ils renouvellent aussi la relation commerciale avec les artisans, en se faisant passeurs de leurs savoir-faire dans les portraits qu’ils réalisent pour présenter leur travail.

Ils viennent d’ouvrir leur première boutique physique, située dans une des plus belles avenues de Hyères, bordée par d’imposants immeubles Napoléon III aux frontons portés par des cariatides. Ils y ont crée une sorte de cabinet de curiosité moderne et épuré à l’esthétique minimale, qui tranche et apporte une respiration. Un lieu qui leur ressemble dans sa simplicité et sa clarté. Ils y mettent en valeur la collection d’objets qu’ils ont réunis.

Là, dans les alcôves de la grande bibliothèque ou dans les vitrines délicates on retrouvera les poteries de Pierre Dutertre et les céramiques en Raku de Jean-Philippe Razzanti, mêlées aux soliflores en bois d’olivier tournés ou en liège de Melanie Abrantes ou au furoshikis japonais aux motifs géométriques délicats. Un univers à découvrir.

 

MAISON GODILLOT

Du mardi au samedi de 10h30 à 18h30

Au 11 avenue des iles D’or
83400 HYERES

09 84 29 23 19 contact@maisongodillot.com