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Jours tranquilles à Belleville : L’atelier idéal

Elles sont trois femmes, Charlie Cappable, Olivia Pellerin et Virginie Blajberg à partager un atelier niché sur les hauts de Belleville, juste à côté des Buttes Chaumont. Trois créatrices, trois artisanes aux univers bien distincts, qui partagent ce lieu serein, caché derrière une lourde porte cochère qu’on pousse en ayant l’impression de faire un voyage dans le temps. Un saut au cœur d’un Paris sorti d’une œuvre de Georges Perec ou Raymond Queneau. Les coursives, aux petites portes peintes chacune d’une couleur différente, mènent à des ateliers baignés de lumière. La cour pavée croule sous les fleurs et les plantes, choyées par une concierge aux pouces verts. Mais en poussant la porte de ce lieu de création totalement féminin, on balaie l’image d’Epinal pour découvrir trois talents aux personnalités et aux styles bien affirmés et totalement modernes, qui bousculent les codes de l’artisanat et font entendre leur voix.

Charlie Cappable nous accueille, c’est par elle que l’aventure a commencé. Lorsqu’elle a décidé de s’installer pour créer pour elle-même, après 15 ans passés à le faire pour d’autres, en tant que décoratrice de cinéma, elle entend parler de ce lieu disponible et le découvre déjà équipé d’un four à céramique. Alors qu’elle n’a jamais travaillé l’argile, elle va se lancer dans la céramique sans idées préconçues sur ce qu’il est possible ou non de réaliser. Ce manque de formation empirique devient un atout qui va la pousser à expérimenter avec cette matière, à la pousser dans ses derniers retranchements, parfois jusqu’à la rupture, mais aussi jusqu’à l’obtention d’objets hybrides inédits à la fois pratiques, épurés et drôles.

Dans ce quartier de Belleville qui est le sien depuis longtemps, Charlie glane des objets en plastique aux couleurs rutilantes. Sortis fraichement d’un bazar chinois ou récoltés dans les piles d’objets abandonnés au coin des rues, les spécimens multicolores en PVC, polyéthylène, polyacrylique, élastomères et polymères en tous genres, s’accumulent chez elle en une étonnante collection. Elle voit dans ce matériau roi de la société de consommation, un outil symbolique et poétique, dont les transparences et opacités, les couleurs teintes en masse, lui offrent un vaste terrain d’exploration et d’inspiration. Elle lui rend sa fonction polymorphe première, le plastique étant par essence la pour se fondre et se couler dans tous les objets qui peuplent nos envies. Alors elle l’associe au noble grès, transforme des ustensiles triviaux en objets décoratifs purs. La carapace de plastique de ses plafonniers 280° ou ChriFtine diffuse la lumière à la manière du verre soufflé, créant une douce illusion d’optique.

Dans son travail de la terre cuite elle combine toujours le noir et le blanc, qu’elle fait vibrer au moyen d’une couleur et elle utilise le graphisme sec qu’impose le respect de la géométrie la plus pure. Ronds, carrés, triangles, ellipses, se combinent, s’empilent, se complètent. Comme Charlie est dotée d’un imaginaire fertile et fantasque, mais qu’elle connaît aussi ses classiques, la forme suit la fonction et elle vous entraine et vous suggère le mode d’emploi de cette vaisselle inspirée.

Café/Clope, se partage à deux. Deux comme vous et vos petits vices indissociables, caféine et sa copine nicotine, mais aussi vous et votre meilleur ami pour les partager. La sous-tasse peut servir de couvercle pour maintenir le breuvage au chaud, mais aussi, oh joie! de cendrier à deux places. Tels des crans sur un cadran imaginaire, les motifs combinés des grands bols et assiettes empilables O’clock forment des boites et vous donneront l’heure, même si vous ne leur avez rien demandé. En revanche ce sera toujours là même, votre heure préférée en quelque sorte, celle de la pause déjeuner, à vous de bien la choisir. Mêlant pureté des lignes, ascèse de la matière, couleurs primaires et détournements, les créations de Charlie Cappable oscillent joyeusement entre brutalisme et le dadaïsme.

Olivia Pellerin la seconde résidente partage avec Charlie, la passion de la terre et le fameux four à céramique. Elle modèle et façonne des objets en céramique et réalise des décors peints sur porcelaine fins et organiques, inspirés par la nature.

Après s’être formée au design et avoir travaillé en tant que Directrice de Création pendant 10 ans dans une agence d’architecture commerciale, Olivia a mené une profonde réflexion autour du sens qu’elle voulait donner à son travail avant de se lancer dans cette aventure.

Elle s’était déjà essayée à la céramique, mais un cadeau, un stage de pastillage à la Manufacture de Sèvres, va rouvrir son appétit pour la terre. Cette technique développée au XVIIIe siècle dans les ateliers de Sèvres, destinée à orner les robes des sujets et les objets en biscuit, consiste à réaliser, à partir d’une petite pastille de pâte, diverses formes végétales.

Assemblées elles formeront des bouquets ou des guirlandes très réalistes. Olivia exhume pour nous de petites boites en carton ces premiers essais réalisés à l’époque, enveloppés précieusement dans du papier de soie et l’on s’aperçoit de l’importance de cette expérience, tant ils sont originaux et ne cesseront de réapparaitre dans son travail. Elle a déjà imaginé ces spécimens chimériques mi terriens mi aquatiques, mi végétaux mi animaux, ces fleurs délicates aux pistils s’animant comme de petits tentacules, ces cumuls de minuscules boutons végétaux, qui ornent une partie de son travail modelé et de sa collaboration avec la créatrice textile et brodeuse Julia Gruber.

Cette expérience est aussi l’occasion d’une rencontre avec l’artisan qui la forme, qui lui donne envie de promouvoir ces savoir-faire d’exception.

Mais l’importance qu’elle accorde à la création originale, son envie de retourner au dessin, au travail de la matière, au « faire » elle-même, la poussent à se lancer et à poursuivre sa formation en céramique dans un autre atelier. Elle garde à cœur de perpétuer ce qu’elle a toujours aimé dans ses expériences précédentes : l’accompagnement des autres et les échanges créatifs avec ses clients. Elle va très naturellement trouver un moyen de concilier ces impératifs avec le statut plutôt solitaire de l’artisan dans son atelier en travaillant sur commande ou par le biais de collaborations. Les contraintes liées aux désirs et aux savoir-faire de l’autre alimentent son processus créatif.

Son travail s’oriente vers les arts de la table par le biais de collaborations avec des chefs et des traiteurs qui la sollicitent pour développer des services autour de menus thématiques ou évènementiels. A chaque fois elle s’inspire de l’univers culinaire, des saveurs et couleurs qui forment la palette gustative de ces chefs pour imaginer ses créations. Le bleu domine, qu’il soit indigo, outremer, turquoise ou de Delft. Il ponctue les plats de tâches diffuses comme des aquarelles, comme sur ces assiettes créées pour le restaurant de l’hôtel Bienvenue

On découvre aussi beaucoup de belles réalisations en peinture sur porcelaine autour du mariage, comme ce service orné de plantes entremêlées de tâches bleu profond qui évoquent un fond marin  ou des commandes personnelles de petites pièces décoratives, comme ce merveilleux vase en grès blanc modelé, à l’engobe rose pimpante, commandé par une mère pour sa petite fille, grande cueilleuse de fleurettes, ou bien ce service offert en cadeau de mariage .

De belles collaborations sont à venir pour cette année, dont on retient celle prometteuse, avec le jeune chef d’un grand restaurant parisien étoilé.

Virginie Blajberg créatrice de bijoux, est la troisième occupante que nous rencontrons. Ses créations oniriques sont nourries par une enfance bercée entre bricolage et contes de fées, deux habitudes qu’elle a conservées et qui infusent son travail.

Devenue graphiste dans une agence de pub travaillant pour le cinéma, elle va réaliser des affiches de films pendant 20 ans, mais rêve depuis longtemps de créer des bijoux.

C’est à l’AFEDAP qu’elle va acquérir pendant deux ans les savoir-faire nécessaires à la création de ses bijoux contemporains et y produire un travail d’étude sur les mémoires du corps. Elle voit déjà le bijoux comme un prolongement de notre corps physique, mais aussi comme un support mémoriel, qu’elle poussera jusqu’au reliquaire, notamment avec sa fibule Saint Eloi.

La photo est au centre de ses créations, qui opère un travail de mémoire ou histoires familiales et contes se mêlent. Virginie collectionne les plaques photographiques, qu’elle choisit pour leurs qualités graphiques avec leurs contrastes noir et blanc, mais aussi pour les décors qu’elles lui fournissent. Des branchages hivernaux évoquent des forets où il ne fait pas bon s’aventurer lorsque l’on va visiter son aïeule avec un petit pot de beurre et des maisons aux façades austères renforcent le côté romantique Victorien de ses créations qui fascinent, telles des miniatures.

Virginie ne travaille pas à cire perdue, mais façonne l’argent à la main avec de petits outils de cordonnier, dont les irrégularités laissent des traces infimes sur la matière. Elle intègre ces plaques photo dans des broches et pendentifs, mais collecte aussi d’infimes objets dans des brocantes qui trouveront leur place sur ses créations uniques.

Les pierres précieuses ou semi précieuses, sont peu travaillées pour leur conserver un aspect brut et liées à des anneaux d’argent martelé ou nouées par un fil de métal précieux, comme un présent crée spontanément pour déclarer sa flamme. Elle égrène aussi le collier de perles de sa mère, comme un chapelet dont les grains qui ressemblent à du riz narrent une histoire de filiation par les femmes. Elle a d’ailleurs crée avec ces perles une très belle collection dédiée à sa nièce, Lou. Elle se compose de bagues en argent qui accueillent les perles dressées dans de petites cupules, tels des pistils et de longues dormeuses en argent fin et mobile au bout desquelles les grains s’animent gracieusement.

Café 366 : Torréfacteur de cafés de terroirs

Au début de cette aventure, il y a un petit grain. Un petit grain qui ressemble à une cerise et dont la légende voudrait qu’il ait été découvert par des paysans Éthiopiens de Kaffa, qui se demandaient d’où leurs chèvres indomptables, tiraient leur énergie extraordinaire. Un petit grain qui a poussé un couple, Lætitia Natali et Stanislas Marçais à faire un tour du monde de 366 jours, dédié à la découverte de ceux qui le cultivent et en vivent. Une expérience qui les a transformés pour toujours et a donné à Lætitia l’impulsion nécessaire pour ouvrir une nouvelle page de sa vie professionnelle.
C’est dans l’atelier de torréfaction collaboratif de The Beans on Fire que nous retrouvons Lætitia Natali, torréfactrice passionnée, qui nous parle de son entreprise, Café 366. Rencontre.

Lorsque Laetitia partage avec nous son histoire, tout semble couler de source et se mettre en place naturellement. Une évidence, elle était faite pour être torréfactrice. Elle parle du café avec passion et partage avec nous sa connaissance parfaite de son sujet. Pourtant il lui aura fallu huit années pour donner vie à ce projet, pour le porter à l’état de maturation nécessaire à sa viabilité. Huit années qui auront débuté par un tour du monde. Une aventure qu’elle décide de vivre avec son compagnon, Stanislas.

Une année de congé sans solde prise auprès de l’agence de communication dans laquelle elle travaille depuis 10 ans en tant que Directrice de Clientèle. Une envie de partir, mais pas encore de thème déterminé au moment du départ. Le café va s’imposer presque par hasard, au détour d’un déjeuner. De Septembre 2007 à Septembre 2008, Lætitia et Stanislas vont se lancer sur les traces du café, en partant de son berceau, en Afrique, jusqu’aux coffee shops californiens, qui leur feront découvrir une nouvelle façon de le déguster. Le récit de leur aventure, qui les conduit du Yémen (Où au premier jour on leur sert…du Nescafé !) à l’Éthiopie, puis au Kenya, Tanzanie, Madagascar, Brésil, Bolivie, Pérou, Colombie, Panama, Guatemala, Mexique et Indonésie, est relaté dans un blog/journal de bord.

On y voit émerger une véritable passion, née des rencontres avec des hommes et femmes liés par une culture commune autour du café qui les fait vivre et animée par une envie d’en apprendre toujours plus sur ce grain magique.

De retour en France, Lætitia quittera définitivement son poste pour se former pendant deux ans et demi à la « caféologie » et à la torréfaction, à l’Arbre à Café et à la Caféothèque. En tout un processus de huit années qui aboutira en 2017 à la création de Café 366, torréfacteur artisanal de café de terroirs.

Laetitia travaille avec des importateurs de grains de café vert ayant une démarche axée sur un travail durable et équilibré avec des producteurs de café, basé sur la valorisation des spécificités de leurs terroirs et de leurs savoir-faire. La démarche engagée des ces petits importateurs est importante pour elle, car elle s’en remet à eux pour établir ce lien direct avec les producteurs si important pour elle. Cette éthique et cette rigueur de travail lui permettent d’avoir accès à des cafés verts d’une grande qualité et d’en connaître parfaitement l’histoire et la provenance.

Café 366 sélectionne des cafés d’Amérique du Sud et centrale, ainsi que d’Afrique, issus de terroirs très spécifiques. Leur caractère et leur saveur sont fonction du lieu sur lequel ils ont poussé. Tous sont des arabicas (cultivés avec parcimonie en altitude contrairement aux robustas qui font l’objet d’une culture intensive dans les plaines, notamment du Brésil et sont plus forts en caféine), certains font l’objet de soins particuliers, comme le séchage à la main. Tout ensuite réside dans l’art de la torréfaction de Lætitia.

Les cafés sont proposés en grains ou moulus selon la méthode d’extraction choisie (expresso, moka, filtre, piston…) pour en révéler tous les arômes et vous pouvez les découvrir sur le site de Café 366 ou le  samedi de 9h à 14h au marché couvert  du Pré-Saint-Gervais ou Lætitia tient un stand.

 

Laurence Leenaert, LRNCE

C’est le mois de Juin, et la fin du ramadan. Il est onze heures. La médina de Marrakech est vide, inerte. La chaleur abrutissante a étouffé la vie qui anime normalement les ruelles enchevêtrées de ce dédale. Après avoir cherché longtemps, et s’être perdues plusieurs fois, nous poussons enfin la lourde porte du Jardin, un restaurant ouvert par l’équipe du Café des Epices. Laurence Leenaert, nous attend, noyée dans une mer de zelliges émeraude. Droite sur sa chaise, elle s’évente, le regard sérieux, dans sa robe de soie ample, une de ses créations bleue indigo. Ce bleu Majorelle, et aussi celui des bédouins du désert.

A tout juste 24 ans, la force vive qu’exhale son regard intense, vient pondérer la fraicheur de son visage. Originaire de Gent, dans les Flandres belges, Laurence a eu un coup de foudre pour le Maroc et a décidé de s’y installer après ses études de mode, il y a deux ans. C’est un voyage dans le désert qui provoque le déclic. Elle loue désormais une petite maison dans la médina ou elle vit seule, et ne se déplace qu’en moto taxi. Détail qu’elle confie avec une pointe de malice.

Pour créer les collections de sa marque LRNCE, Laurence travaille avec des artisans locaux chevronnés et talentueux qui lui ont été présentés par ses contacts marocains. Elle dit qu’être une femme entrepreneuse ici n’est pas aussi difficile que l’on se l’imagine. Ses créations ré-interprètent l’esthétique et la symbolique berbère. Mais elles rappellent aussi parfois l’œuvre surréaliste de Mirò, ou Picasso – qui furent eux aussi influencés par les Arts Premiers. Des couleurs franches, des associations de géométriques, un ensemble qui évoque parfois aussi les dessins d’enfants. Couvertures tissées à la main et brodées, miroirs en rotin, robes amples, sandales, céramiques, Laurence se balade d’un objet à un autre, d’une matière et d’une technique artisanale à l’autre. Elle dit ne pas avoir de plans précis mais suit juste ses envies, son instinct. Elle donne l’impression que tout est possible. Et tout l’est en effet à son âge.

Questionnée sur ses influences, son univers artistique, elle balaye le sujet d’un revers d’éventail et nous dit qu’elle n’aime pas prendre tout cela trop au sérieux. Ses dessins sont les symboles de sa vie dit-elle, un peu comme les tatouages berbères qui ponctuent la vie des femmes d’ici. Des « doodles» qui suivent son parcours, ses humeurs. Ses propres balises cabalistiques, son propre langage.

Mais sous cette désinvolture apparente, Laurence dégage la détermination impressionnante d’une jeune femme lancée sur sa trajectoire. On parle d’elle dans le dernier Milk Déco, elle doit rencontrer Garance Doré juste après nous… Laurence maitrise aussi parfaitement bien l’image de sa marque et son compte Instagram, dont elle réalise elle même toutes les photos, rassemble aujourd’hui 24.000 abonnés. Elle y agence un univers graphique et chromique cohérent totalement cool et moderne.

Une créatrice à suivre d’urgence. Ses créations originales sont à découvrir sur le très beau site de LRNCE.

Revelations au Grand Palais

Sous la nef du Grand Palais, parmi les 400 Artisans d’Art réunis pour la biennale Internationale des métiers d’Art et de Création, nous avons fait six nouvelles rencontres avec des personnalités d’exception, dont le travail nous a particulièrement séduit.

Une sélection non exhaustive, au cœur d’une biennale qui une fois encore met en valeur le travail de la nouvelle génération d’artisans précurseurs, rompus aux croisements audacieux entre innovations des techniques et des matériaux et savoir faire traditionnels, jouant des collaborations avec d’autres créateurs, Artisans et Designers.

Ex-Nihilo x Daniela Busarello

Daniela Busarello, Architecte et Artiste a collaboré avec la Maison de parfumerie Ex-Nihilo pour créer des flacons en verre, dont la surface sculptée et les teintes traitées en dégradés dans la masse, reproduisent de façon poétique l’ondoiement de la fragrance. Contenants merveilleux pour ces jus uniques, qui mêlent la tradition de la haute parfumerie française à une grande modernité.

Des créations qui ont été façonnées à la main par les artisans verriers du CIAV à Meinsenthal, clos par du liège du Var, encapuchonné de vermeil et orné de lapis lazuli pour la grande pièce maitresse unique. Cette sublime série limitée à douze exemplaires signés par l’artiste et rechargeables, est désormais disponible dans les boutiques Ex-Nihilo.

 

Tere Marin Keymer

Tere Marin Keymer, Artiste céramiste représente le Chili, célébré cette année par la biennale.

Elle puise son inspiration dans l’observation de la géométrie fractale de la nature, mêlant une approche subtile de l’ordre naturel et du flou organique des formes marines mouvantes.

Elle décline un bestiaire étrange et fascinant de créatures aquatiques, constellées de calcifications géométriques, des anémones ondoyantes et des squelettes d’oursins, dans des pièces décoratives et utilitaires mêlant le mat du grès au brillant de la porcelaine, douce nacre aux reflets pastels.

 

Véronique de Soultrait

Veronique de Soultrait a gardé de son parcours formatif en dessin textile et en peinture décorative aux Beaux-Arts un gout pour le décor mural. Elle réalise en tressant des cordes de chanvre de coton, de soie brute, d’abaca, de jute ou du cordon ciré et en les mêlant au cuir et au liège, des panneaux muraux et paravents très graphiques.

Un travail qui joue des reliefs et effets d’ombre et lumière crées par la matière. Elle est tissée, tressée et roulée ; en pastilles pour former des amas de nuages légers, comme un passepoil ou une passementerie, posée sur des armatures reprenant des dessins de cannages, plaquée comme de la marqueterie.

Ses panneaux, paravents et claustras flirtent avec les motifs ethniques et l’Art Déco et crée des décors forts et raffinés.

 

Bellot-Bottle

Camille BELLOT et Paul BOUTEILLER, tous deux diplômés de l’ESAA Duperré en 2013 ont crée le studio de création Bellot-Bottle. Ils ont reçu le Prix de la jeune création Métiers d’Art 2016, et présentent ici «Itadakimasu» , un monstre très Burtonien aux écailles de papier montées sur un châssis de bois de palette découpé à la hache et doté d’un œil ophidien et de dents menaçantes en plâtre.

Point d’attraction immanquable de cette biennale, l’animal insatiable (Itadakimasu  signifie « Je reçois la nourriture » en japonais) est une belle démonstration du savoir faire du studio, combinant un univers imaginaire fécond et singulier et des savoir faire originaux et pointus. Les univers peuplés de créatures aux squelettes de bois, à la chair de papier découpé, méticuleusement articulé et les décors oniriques de Bellot-Bottle, ont su séduire des marques prestigieuses pour la réalisation de leurs décors et vitrines.

 

Hervet Manufacturier

Retour vers le futur chez Hervet Manufacturier, manufacture de meubles d’exception crée en 2014 par Cédric et Nicolas Hervet. Ici les essences de bois précieux sont la base d’un travail qui mêle un sens aigu de l’unique, du luxe et de la tradition avec un esprit rétro futuriste.

Des meubles aux proportions généreuses et aux formes angulaires, dont la fonctionnalité fait écho à un art de vivre très sixties, qui composeront le salon idéal d’un esthète décalé, autant adepte de lounging confortablement installé devant son meuble hifi, que de skateboard.

La manufacture installée en Normandie a su fédérer autour d’elle un « cluster » d’artisans qui apportent au travail du bois leurs savoir-faire complémentaires, permettant par exemple le développement de sièges à structure métallique gainés de cuir et d’ottomans.

 

Vincent Dionigi

L’ébéniste et designer Vincent Dionigi, nous offre une démonstration virtuose de son savoir faire. Titulaire d’un Bac Pro ébéniste et d’un Diplôme des Métiers d’Art en ébénisterie option décors et mobiliers, il a développé une approche technique très rigoureuse et nourri un univers esthétique extrêmement raffiné et moderne, qui pousse ses expérimentations hors des sentiers battus.

Il taille dans les couches de bois massif de panneaux de multiplis pour révéler des touches, des lignes colorées et des motifs, dessinant des formes géométriques répétitives évoquant l’opt art.

Son travail de collaboration avec le graphiste Matthieu Exposito sur des réalisations telles que des lampes ou une bibliothèque, introduit de façon originale le motif figuratif dans son travail, et un jeu intéressant autour du caché et du révélé.

 

Maison Godillot, l’invitation au voyage

Yui et Camille Boudot ont crée à Hyères une boutique qui incarne à la perfection l’esprit néo artisan. Un subtil mélange d’objets uniques qu’ils ont trouvés dans le monde entier chez des artisans et designers ou dans des entreprises perpétuant une production artisanale en petites séries. Une sélection qui ressemble à ce couple, éclectique et chaleureux qui nous accueille dans leur magnifique Maison Godillot.

Maison Godillot rassemble un univers très personnel autour de l’Art de Vivre et propose une sélection d’objets qui, de la Provence au Japon, en passant par la Californie combinent fonctionnalité et esthétique épurée. Chacun a une histoire, un créateur avec lequel ils ont vécu une véritable rencontre et entretiennent une relation d’échange autour de son travail. Chaque objet a nécessité la mise en œuvre d’une combinaison de créativité et de maitrise de savoir-faire uniques, que Yui et Camille se font un plaisir de narrer.

Le nom de leur boutique n’est pas le reflet de l’engouement de notre époque pour les appellations rétro. Il semblait évident pour eux d’adopter le nom donné par les hyérois à la Villa Saint-Hubert, ce curieux bijou architectural édifié pour l’industriel Alexis Godillot à Hyères à la fin du 19ème siècle et dont ils occupent un des magnifiques appartements. Pierre Chapoulart, l’architecte concepteur du projet avait, dans le plus pur esprit Art Nouveau réuni la fine fleur des artisans, céramistes, menuisiers, ferronniers, vitraillistes, pour créer cet édifice ; vibrante et singulière démonstration de leurs savoir faire.

Yui et Camille sont une incarnation moderne de cet esprit dérivé du mouvement Arts and Crafts. Volontairement dans leur sélection ils n’établissent aucune frontière entre Art et Artisanat, valorisant les capacités de conception autant que d’exécution des artisans qu’ils sélectionnent et croyant fermement que le quotidien peut être peuplé d’objets beaux et utiles. Ils opèrent non seulement un travail de curation au cœur de la production des artisans mais aussi de commandes spécifiques, qui donnent toute sa singularité à leur sélection. Ils renouvellent aussi la relation commerciale avec les artisans, en se faisant passeurs de leurs savoir-faire dans les portraits qu’ils réalisent pour présenter leur travail.

Ils viennent d’ouvrir leur première boutique physique, située dans une des plus belles avenues de Hyères, bordée par d’imposants immeubles Napoléon III aux frontons portés par des cariatides. Ils y ont crée une sorte de cabinet de curiosité moderne et épuré à l’esthétique minimale, qui tranche et apporte une respiration. Un lieu qui leur ressemble dans sa simplicité et sa clarté. Ils y mettent en valeur la collection d’objets qu’ils ont réunis.

Là, dans les alcôves de la grande bibliothèque ou dans les vitrines délicates on retrouvera les poteries de Pierre Dutertre et les céramiques en Raku de Jean-Philippe Razzanti, mêlées aux soliflores en bois d’olivier tournés ou en liège de Melanie Abrantes ou au furoshikis japonais aux motifs géométriques délicats. Un univers à découvrir.

 

MAISON GODILLOT

Du mardi au samedi de 10h30 à 18h30

Au 11 avenue des iles D’or
83400 HYERES

09 84 29 23 19 contact@maisongodillot.com

The Artisans dans la presse

Elle 3 Mars 2017