Meghan Shimek, Fiber Artiste : Féminin Singulier

Meghan est libre comme l’écheveau soyeux de laine cardée qui s’anime entre ses doigts. C’est de cette liberté qu’a émergé un travail sensible, fort et sensuel, qui se démarque véritablement dans le paysage contemporain.

 Le tissage s’est imposé à Meghan Shimek comme une évidence il y a maintenant plus de trois ans après des expérimentations avec le crochet et le tricot. Sa soif de partage et de rencontres et son désir d’apprendre l’ont poussée à s’initier auprès de tisseurs et d’artistes traditionnels et contemporains. Des femmes Navajo de la réserve voisine de sa maison dans l’Arizona, elle a appris les techniques vernaculaires empreintes de tradition animiste et de cosmologie. A San Francisco elle a suivi l’enseignement de Tricia Goldberg et à son contact s’est infusé d’œuvres d’artistes notamment du Bauhaus, tels que Josef Albers.

Les tissages de Meghan racontent des histoires fortes de liens rompus et recrées, de perte et de guérison. Weaving and healing, sont des mantras qu’elle égrène tout au long de ses œuvres. Elle conte des moments de vie, une pratique qu’elle prolonge d’ailleurs dans la lecture des tarots qu’elle pratique. Saisies par les parallèles mythologiques, on évoque avec elle les Moires, ces trois sœurs faisant partie des divinités grecques, qui tissaient le destin des hommes et scandaient les transitions rythmant la vie humaine avec leurs fils.

Pour Meghan d’ailleurs le tissage reste principalement une affaire de femmes. Pas par rejet du masculin, mais par le lien fort qui se crée dans cette sororité, issue de la longue tradition féministe du Fiber Art.

 Tout au long de son œuvre, Meghan raconte une histoire de femme, la sienne. Elle aime travailler sur l’inconfort du corps et des sentiments. Créer dans un mouvement quasi chorégraphique. Le tissage comme voyage, comme une errance qui retranscrit, avec ses changements soudains de matière, de couleurs, la cassure, la fin d’un lien que l’on pensait éternel, l’insécurité. Soudain il s’offre comme un cocon protecteur, un havre ou se reconstruire.

C’est Rove, la collaboration pour une galerie de San Francisco avec l’artiste Babette DeLafayette, qui a permis à Meghan d’exprimer pleinement dans son art ses sentiments profonds autour de la disparition de son père et de la fin de l’union avec l’homme qu’elle aimait, dans des pièces aux volumes gigantesques et aux liens tressés qui s’entremêlent.

Un acte transformatif perceptible dans ses immenses tissages dont les ondes pulsatiles nous envoutent et dont la fibre moelleuse nous invite à nous lover.

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