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Edito #4 La mode est morte. Vive la Mode!

C’est le cri appelant à un renouveau, une relève que l’on a envie de pousser au sortir de la seconde édition du forum Anti-Fashion, qui se tenait le week-end dernier à Marseille. Un événement qui a réuni autour de Lidewij Edelkort et de professionnels de la mode, des créateurs qui bousculent les règles désormais établies et viennent apporter une bouffée d’air frais bien nécessaire, après l’état des lieux alarmant dressé par les intervenants réunis.

La mode, telle qu’elle s’est épanouie jusqu’aux années 70, pleine de génie et de folie créative, libre et multiple, faisant vivre une industrie textile locale a cessé d’exister ; sacrifiée sur l’autel du marketing, victime d’une course effrénée aux profits menée par les grands groupes textiles et de luxe. C’est le postulat du manifeste aptement intitulé Anti-Fashion que Lidewij Edelkort, grande prêtresse des tendances, a publié il y a trois ans.

Le système qu’elle y décrit est devenu obsolète et contraire à la notion même de mode. On y célèbre une réussite individuelle qui passe par l’étalage d’un uniforme plus ou moins ostentatoire que tous se doivent d’adopter. Le designer est devenu une star qui suscite autant d’intérêt que ses collections, c’est l’apogée du culte de la personne, la dictature du contenant au détriment du contenu, qui crée un hiatus avec une société déboussolée en quête de sens.
Elle y dénonce le formatage de générations de créateurs pour servir un modèle économique basé sur la construction de la toute puissante Marque, ce rouleau compresseur uniformisant, dénoncé il y a presque 20 ans par Naomi Klein dans son révolutionnaire No Logo.

Si l’on aimerait tout de même nuancer un peu ce noir tableau, qui touche essentiellement le prêt-à-porter et épargne tout de même la haute-couture, on ne peut qu’accorder que ce système de mode centré sur des marques hégémoniques, crée effectivement du creux, du vide, du vain à foison. Une vacuité séduisante, qui vient apaiser de façon temporaire nos désirs de séduction, d’appartenance, d’identification et nous pousse à consommer toujours plus, pour rester dans la course.

Les collections se succèdent à un rythme toujours plus rapide, c’est l’avènement de la fast-fashion, monstre vorace qui ne crée rien mais copie tout, endossant l’image du luxe et inondant le marché de vêtements jetables, vendus à vil prix, mais avec une confortable marge. Produits dans des pays ou les ouvriers du textile n’ont pas d’autre choix que d’accepter des cadences et des conditions de travail inhumaines et dangereuses, payant parfois de leur vie, ces vêtements leur restent inaccessibles.

Comment réagir, que faire pour sortir de ce système de mode délétère? Sommes-nous, nous qui au cœur des sociétés occidentales consommons ces produits fabriqués pour notre seul agrément la plupart du temps en Asie, capables de revenir en arrière ? A un moment ou le protectionnisme et le repli sur soi, confirme que l’individualisme reste une valeur sure de Europe à l’Amérique, sommes-nous prêts à échanger avec ces pays producteurs sur d’autres bases relationnelles que celles asymétriques et verticales, du donneur d’ordre au sous-traitant ? Sommes-nous prêts à reconnaître les savoir-faire de ces fabricants et à établir un dialogue créatif avec eux, au lieu de leur imposer nos cahiers des charges unilatéralement et de faire pression sur eux pour abaisser toujours plus les coûts ?

Des Collectifs, tels que l’Ethique sur l’étiquette, représenté pendant ce forum par Nayla Aljatouni, combattent pied à pied l’exploitation des travailleurs dans les pays manufacturiers. Ils luttent pour le respect des droits humains au travail et l’ESE après avoir fait adopter par l’Etat Français un certain nombres de lois et décrets à remporté une victoire significative supplémentaire en participant à l’adoption définitive par l’Assemblée Nationale d’une loi sur le devoir de vigilance. Elle oblige les entreprises donneuses d’ordre à s’informer sur les conditions de travail chez leurs sous-traitants. Elles seront désormais tenues par conséquent pour responsables en cas de manquements aux droits humains mais aussi environnementaux.

Le collectif  opère aussi un travail important d’éveil des consommateurs aux pratiques des marques qu’ils consomment. Responsabiliser le consommateur et lui permettre d’opérer des choix en conscience est fondamental. Il implique une réelle réflexion sociale autant qu’économique, car consommer équitable c’est aussi accepter de payer ces produits à leur prix réel. A revenus constants, une réelle réflexion sur la consommation raisonnée doit se mettre en place.

Les marques, qui ont été démasquées et condamnées grâce à ces collectifs, mais qui sont aussi accompagnées par eux vers une évolution, jouent parfois le jeu. Cependant on assiste depuis quelques années à la multiplication d’actions de greenwashing et fairwashing. En produisant des collections capsules équitables et écologiques et en communicant massivement sur ces dernières, certaines marques, espèrent détourner l’attention sur la majorité de leur production, fabriquée dans des conditions toujours aussi désastreuses.

Après l’effondrement en Avril 2013 à Dacca de l’immeuble Rana Plaza et la mort de 1.135 ouvriers textile qui y travaillaient à la fabrication de vêtements pour des marques telles que Mango, Benetton, Carrefour, Auchan, Camaieu et Primark, sous la pression de l’OIT et d’ONG, les marques donneuses d’ordres

ont dû indemniser les familles et le gouvernement bangladais a pris des mesures pour revaloriser les salaires minimums et autoriser les travailleurs à se syndiquer.

Mais les conditions restent terriblement inégales. L’organisation Asia Floor Wage, qui milite en Asie pour les droits des travailleurs  explique que sur un produit textile fini, un travailleur asiatique touchera entre 0,5 et 3% du prix du produit. Cela revient par exemple à 5,54 Euros par jour de travail, pour une couturière Sri Lankaise qui fabrique les produits de la gamme Ivy Park créée pour TopShop par Beyonce. Vive l’empoyerment, mais visiblement pas pour les ouvrières du textile.  Quand la pression devient trop grande et les salaires plus aussi attractifs, il est temps pour les grands groupes de se tourner vers de nouveaux eldorado, plus accueillants et moins surveillés. H&M a par exemple préféré délocaliser en Ethiopie ou la main d’œuvre est jusqu’à 10 fois moins chère qu’en Chine et le gouvernement bien plus accommodant.

Avec le développement des lignes axées sur l’accessoire et la décoration de ces grands groupes, le phénomène s’étend au delà de la mode et du textile pour toucher l’objet.

Un espoir de retourner la table, ou du moins de la faire pivoter un peu, nait grâce à des initiatives qui visent à valoriser les savoir-faire locaux en matière textile. Évidemment, avant de se tourner vers ces pays parce qu’ils offraient une main d’œuvre bon marché, l’Occident colonial s’est intéressé à eux car ils possédaient une forte tradition textile.

 

Comment ne pas admirer les tissages et Batiks du Sri Lanka, les matelassés et l’indigo du Bangladesh, les Ikats de soie du Cambodge, Zha-Ran et broderies chinoises, les plissés des Miao du sud de la Chine et du Vietnam, les brocards de Bénarès, les Bandhani du Rajastan, les Patolas de soie de Gujarat, les lainages tissés du Népal…la liste est longue et des organisations locales se mettent en place pour réunir des artisans de valeur, former de nouvelles générations et se tourner vers l’Occident pour devenir une force de proposition.

Ils se focalisent sur l’excellence et le développement produit en proposant une offre originale, très créative et tournée vers les créateurs. Ils pensent en dehors du schéma érigé par le marché en ayant une offre terriblement attractive car très créative et techniquement sans égal. Ainsi, ils proposent à ces ouvriers textiles de redevenir des artisans, payés équitablement pour leurs savoir faire et pas seulement pour leur main d’œuvre.

Sous l’égide de Care International, Living Blue, coopérative de travailleurs et d’artisans, a vu le jour au Bangladesh et a permis la réhabilitation du délicat travail de matelassage Lohari Kheta  mais aussi de l’indigo végétal, cultivé et produit sur place. De véritables partenariats s’établissent avec des créateurs et des studios, tels qu’Anais Guery ou les Galeries Lafayette qui ont tous deux développé des collections avec l’association.

Dans la province du Gujarat en Inde, Khamir regroupe, forme et promeut le travail d’artisans locaux travaillant l’impression au bloc sur textile, la broderie sur cuir, la poterie, le tissage… auprès d’entreprises internationales.

Le luxe soutien cette valorisation de savoir-faire locaux, et pas seulement en offrant des financements, mais aussi en s’investissant directement, à l’image d’Hermès, qui a mis 6 ans pour réunir les artisans d’excellence chinois qui travaillent pour sa marque très haut de gamme Shang-Xia

Sur le forum Anti-Fashion, on découvre avec intérêt le travail de la poignée de créateurs réunis qui revisitent des savoir-faire anciens pour inventer leur propre langage stylistique en rompant avec les conventions imposées par le système de mode.

Quoï Alexander, diplômé de Central Saint Martins et passé par les studios de Chanel, Sonia Rykiel, Mary Katrantzou ou Alexander McQueen, invente une méthode de tissage sur une trame perforée et assemble des vêtements sans coutures, comme des cuirasses sublimes.

Anaïs Guery diplômée des Arts Décoratifs, du London College of Fashion et de l’Institut Français de la Mode, passée par les studios de Dior et Balenciaga, réinterprète l’indigo végétal et les savoir-faire de matelassage de l’atelier Living Blue, pour créer une collection épurée et graphique,

Eliane Heutschi, créatrice suisse de la marque Savoarfer, diplômée de l’Institut Mode Design de Bâle et de l’Institut Français de la Mode, revisite des savoir-faire textiles ancestraux de dentellerie, passementerie, broderie, tissage, faits à la main en France, pour les magnifier, les détourner ou finalement simplement les évoquer, comme des traces laissées sur des vêtements sculpturaux ou dépouillés.

Tous ont eu une formation et un parcours sans faute, qui les destinait à travailler pour de grands groupes textiles ou de luxe, néanmoins, tous ont choisi de tracer leur route en se basant sur des techniques séculaires, en les maitrisant, en les respectant pour mieux les réinterpréter, dans un grand mouvement d’échange culturel. Une ouverture et un esprit neuf qui font souffler le vent d’un renouveau de la mode qui passe indubitablement par la transmission et la valorisation de savoir-faire traditionnels appliqués à une offre créative forte et pas seulement réservée à une élite. La relève arrive.

Stage d’indigo avec Anaïs Guery les 22 et 23 Avril

Styliste de formation, Anaïs Guery à été formée à la teinture à l’indigo par Michel Garcia puis dans différents ateliers au cours de ses voyages, notamment au Bangladesh et en Autriche. Elle a «plongé» dans l’Indigo lorsque elle a travaillé avec Catherine Legrand sur les illustrations de son très beau livre «Indigo, périple bleu d’une créatrice textile». Depuis, ce bleu est au coeur de son travail.

La teinture à l’indigo naturel est une technique ancestrale très particulière pour obtenir des nuances de bleus très variées sur tissus naturels. Si vous êtes intéressé(e) par le textile, la teinture naturelle et le handmade, cet atelier sera un moment de découverte et d’expérimentations riche en possibilités pour vous. Si vous avez déjà pratiqué la teinture végétale, à base de plantes telles que la garance, le myrobolan ou autres, vous verrez que la technique de l’indigo a peu de choses en commun avec celles-ci. Il s’agit d’une technique unique.

Anaïs propose 2 formules accessibles aux débutant(e)s.

Workshop A : ‘Se frotter à l’indigo’ Initiation à la teinture à l’indigo végétal

Samedi 22 avril 2017 14h – 18h30 Nombre de places : 7

– Histoire de l’indigo et des différentes techniques en fonction des époques et des régions du monde – Réalisation de nuanciers sur coton/laine/soie
- Chaque personne travaille à la teinture d’un foulard

Prix : 125€ par personne incluant tout le matériel nécessaire (Comprenant un foulard en soie/laine et soie) Amenez votre tablier et une paire de gants ! Un acompte de 62,50 € payable via Paypal vous sera demandé à l’inscription. Le solde sera versé sur place le jour du workshop en chèque ou espèces.

    Compléter le bulletin d’inscription Workshop A

 

Workshop B : ‘Plonger dans l’indigo’ Savoir préparer une cuve, échantillonner, teindre une pièce

Samedi 22 avril 10h-18h30 + Dimanche 23 avril 14h-18h30 Nombre de places : 7

Jour 1 :

#Matin:
Histoire de l’indigo et des différentes techniques en fonction des époques et des régions du monde – Explication des composants actifs de la teinture indigo en cuve végétale
- Apprendre à monter une cuve d’indigo végétale

Déjeuner à partager
Chacun(e) amène quelque chose pour participer au repas à partager ensemble dans la grande verrière. a.guery s’occupe de faire une grande salade et de servir les boissons fraiches et chaudes !

#Après midi=
Montage de la cuve par les participant(e)s afin de s’approprier le processus et savoir refaire les gestes

Jour 2 :

#Après midi : Travail de teinture dans la cuve montée la veille:
- réalisation de nuanciers avec coton/ laine et soie – chaque personne travail à la teinture d’un foulard.

Prix : 300€ par personne incluant tout le matériel Amenez votre tablier et une paire de gants! Un acompte de 150 € payable via Paypal vous sera demandé à l’inscription. Le solde sera versé sur place le jour du workshop en chèque ou espèces.

Compléter le bulletin d’inscription Workshop B   

 

Merci d’envoyer votre bulletin d’inscription avant le 1er avril accompagné d’un acompte de 50%. Toute inscription est définitive.
 Pour toute question complémentaire n’hésitez pas à nous contacter où à écrire directement à Anaïs : contact@aguery.com

A réception de votre bulletin,
 Anaïs vous adresse directement une demande de paiement Paypal d’un acompte de 50%. Une fois votre règlement effectué, un email de confirmation vous sera envoyé.

Une fois votre inscription validée et votre acompte versé, il n’est pas possible d’annuler. En cas d’annulation ou d’absence, votre acompte ne sera pas remboursé

Les workshops ont lieu au studio a.guery à Ivry sur Seine

Pour venir, pas de panique !

– Métro ligne 14 arrêt BNF + bus 5min

– RER C à 1 stop de BNF

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The Artisans dans la presse

Elle 3 Mars 2017

Edito #3 Un et multiple

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En ce début d’une nouvelle année, The Artisans fête ses quatre mois d’existence. Alors que nous ne sommes qu’au début de notre histoire, nous voulions vous remercier pour le chemin parcouru pendant ces quatre mois. Les personnes fabuleuses que nous avons croisées, nourrissent notre envie de découverte et les nombreux encouragements que nous avons reçus nous incitent à pousser plus loin notre cheminement.

Lors du lancement de The Artisans à la Villa Rose, Julie Berranger à présenté une série de portraits inspirés par nos rencontres avec des artisans.

Elle nous livre sa vision de ces femmes et hommes. Les extrayant de leurs ateliers, elle les photographie en studio, simplement équipés d’un outil emblématique de leur art, choisi par eux.

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Loin de devenir anecdotique, ou décalé, cet outil prend tout son sens, sorti de son contexte, devenant un véritable attribut, un prolongement d’une partie de leur personne.

Voile après voile, jouant de la transparence, elle effleure une à une les différentes facettes de chacun, figurant les personnalités multiples, de ces faiseurs aux nombreuses vies.

Leur mouvement décomposé, syncopé, fige en un moment suspendu un geste nouveau, inventé de toutes pièces par la photographe, symbolisant leur multiplicité et les transformant en des sortes d’avatars d’une déité hindoue.

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Il est encore temps pour nous de vous souhaiter une très belle année riche de rencontres, de sérénité, de force et d’envies à concrétiser. Une année pour explorer de nouvelles pistes, tenter de nouvelles expériences et d’unir en un, nos multiples.

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Edito #2 Fil Conducteur

Le 10 Novembre dernier nous avons présenté dans le cadre exceptionnel de La Villa Rose à Paris la première collaboration produite par The Artisans.

Elle a réuni l’artiste textile Meghan Shimek et la designer textile Anaïs Guery.

Un dialogue s’est établi entre les deux créatrices, un partage entre leurs univers artistiques guidé par les savoir-faire artisanaux qu’elles ont développés dans leur pratique; le tissage pour Meghan, la teinture à l’indigo végétal pour Anaïs, qui leur ont permis de créer un langage commun. Les savoir-faire comme fil conducteur, trame expressive d’une créativité orientée autour de la fibre. Six œuvres individuelles sont nées.

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Anaïs, habituée dans son travail de designer textile à travailler un fil transformé par le tissage ou le tricot, a expérimenté sur la matière brute des brins de laine cardée utilisée par Meghan. Inspirée par l’aspect vierge et duveteux du fil, elle a souhaité conserver le gonflant de la fibre dans le processus de teinture en lui imposant un minimum de manipulations.

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Travaillant autour des propriétés hydrophiles des nappes de laine cardée, elle a effleuré la matière avec son indigo, laissant la laine s’imprégner par capillarité, créant par les bains répétés des effets ombrés et dégradés. A d’autres moments elle a souhaité terminer les tissages de Meghan par une matière plus dense, en comprimant les fils et en les saturant de pigment. L’indigo devient palpable, il acquiert une nouvelle profondeur.

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Meghan s’est laissée porter par la texture et les reliefs si particuliers crées par les teintures d’Anaïs. Profitant des grands volumes de l’atelier et entourée par les créations d’Anaïs, elle a tissé un premier trio de pièces monumentales. L’indigo s’y exprime en enchevêtrements mêlants l’écru au bleu profond, rappelants les motifs dessinés par le sergé de la toile de Nîmes. Sur la seconde œuvre il se groupe en tâches puis va jusqu’à s’effacer totalement au profit de la fibre nue sur la troisième.

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S’inspirant des éléments décoratifs néo-classiques qu’elle observait dans Paris, Meghan a tressé les fils d’Anaïs en un lustre, imbriqué de lianes bleutées. Un clin d’œil à cette pièce ornementale bourgeoise par excellence, transformée en un mobile brut et organique.

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Photo Cedric Canezza

Nous remercions chaleureusement Anaïs Guery et Meghan Shimek de s’être pliées aux contraintes de cet exercice difficile, avec autant d’enthousiasme, de générosité et de talent. Nous remercions aussi La Villa Rose d’avoir si bien accueilli cette première collaboration.

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Les œuvres collaboratives sont visibles sur rendez-vous à Paris. Leurs prix peuvent vous être communiqués sur simple demande à hello@theartisans.fr.14993576_10109228814513554_868431354386581216_n

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Calendrier de l’Avent du désir

Un Objet du désir fabriqué par un artisan par jour, pendant 24 jours

  • 1er Décembre les assiettes de la céramiste Aurelie Dorard à offrir ou s’offrir ici
  • 2 Décembre les étoles en twill et satin de soie gaufré, teint à la main en indigo naturel par la talentueuse A.guery A trouver ici
  • 3 Décembre Le bougeoir en laiton 180°, crée par Klaxon Designers . Usiné numériquement, il garde un aspect brut et minimaliste et sa matière se patine avec le temps. Il peut contenir d’un côté une chandelle et de l’autre une bougie chauffe plat.
    Vous le trouverez chez Maison Godillot
  • 4 Décembre Une théière en céramique japonaise Moderato, pour prendre son temps. A trouver chez La Trésorerie
  • 5 Décembre Un plumier en liège des landes fabriqué artisanalement à Paris pour La Petite Papeterie Française

Playlist #2 : Anaïs Guery

Plongez vous dans l’atmosphère feutrée de l’atelier d’Anaïs Guery avec sa playlist mélancolique et planante.

  • This is the Kit – Greasy goose
  • Sharon Von Etten – Like a diamond
  • Bombay Bicycle Club – Jewel
  • Abigail Washburn – Prelude
  • Rhye – Open
  • Lonely Drifter Karen – Appetite
  • Mercury Rev – Holes
  • Sibylle Bayer – William
  • Cannons – Youth Lagoon
  • Jesca Hoop&Guy Carvey – Murder of birds
  • Petit Biscuit – Oceans
  • Sebastian Blanck – I blame Baltimore
  • Emmi Leisner – Dank sei dir Gott

A écouter tout doucement, en boucle….

>>PLAY>>

Anaïs Guery, au fil de l’indigo

 

Anaïs Guery, c’est d’abord une présence forte et une beauté saisissante. Le feu pâle de sa longue chevelure, son regard droit ; son allure hiératique entre Orient et Renaissance flamande dans sa veste bleue matelassée, ceinturée haut sur la taille lui confèrent une élégance folle, hors du temps. Sa voix au timbre posé et un peu trainant, ses gestes déliés finissent de séduire.

Par ce jour de canicule, on pénètre dans la cour ombragée de son atelier où son assistant, vêtu d’une blouse blanche de chimiste, prépare avec application une cuve d’indigo. L’indigo, elle l’a vraiment rencontré pour la première fois en collaborant avec Catherine Legrand à son ouvrage de référence sur le sujet. La créatrice de la Bonne Renommée, passionnée par cette couleur, a chiné inlassablement des pièces au cours de ses voyages. Une collection aux nuances sombres, difficiles à capturer photographiquement, qu’Anaïs illustrera en aquarelles. Mais le bleu était déjà présent dans son travail et accompagnait de façon exclusive ses dessins depuis longtemps.

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Anaïs entreprend l’indigo comme une alchimiste. Elle confie aimer cette idée de l’expérience réactive, du bain transformatif, qui fait écho à ses expériences photographiques argentiques. Une certaine perte de contrôle accompagne ce processus, car le résultat n’est jamais véritablement reproductible. Un aléa qu’Anaïs place en contraste avec celui du travail sur la construction du vêtement ou, un même geste maitrisé produit systématiquement le résultat escompté.

Elle n’entretient pas avec l’indigo une relation trop révérencieuse. Elle aime les irrégularités, les imperfections du pigment sur l’étoffe. Elle teint de grands métrages de toile, obtenant des variations dans la couleur avec lesquelles elle aime jouer, en les plaçant dans la coupe de son vêtement. L’indigo est le fil conducteur, d’une collection à l’autre autour duquel vont s’articuler les pièces. Il se déclinera sur des matières lourdes, comme ce velours chenille emprunté à l’ameublement ou sur des fibres éthérées, comme ces twills de soie coupés en biais. Elle le fait dialoguer avec d’autres teintes, pour mieux le faire vibrer. Des rouges profonds, des noirs graphite, des écrus doux.

Les expérimentations sur le textile sont une source d’inspiration permanente pour Anaïs. Au fil des collections qu’elle crée pour sa marque a.guery depuis 2014, elle poursuit un travail d’artisan/chercheur. Elle n’hésite pas à convoquer autour de ses créations des pratiques artisanales inédites et parfois inattendues. Ses vêtements s’ornent de brandebourgs réalisés selon des techniques de tressage japonais, de boutons en porcelaine mate aux motifs floraux réalisés par l’atelier Pièces Unique.

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Son amour pour la matière et la coupe, Anaïs l’a affirmé lors de son parcours éclectique dans des maisons de couture françaises : Dior, Balenciaga, Cacharel. Sortie diplômée de l’école des Arts Décoratifs et de l’Institut Français de la Mode, elle ancre dans ces maisons son amour pour le geste artisan, le bien fait, l’unique. Il est devenu central dans son travail et lui permet d’exprimer un univers dont les sources d’inspiration se situent dans l’émotion que lui procurent une œuvre, une chanson, le détail d’un vêtement ancien ou une silhouette croisée dans la rue. Sur les mood boards qui ornent son atelier, on ne trouve quasiment aucun vêtement. Ceux présents ornent une madone, le corps du danseur Nijinsky…

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L’action painting et ses projections de peinture spontanées, lui ont inspiré un travail de martelage du textile, d’impression en réserve, de glacis et de marquage à la feuille d’or. Une recherche textile saisissante, menée par Anaïs Guery qui s’associe au savoir-faire du doreur Hubert Jouzeau. La toile de lin destinée aux châssis des peintres est teinte d’un indigo profond puis éclaboussée de feuilles d’or qui se posent en amas. Vibrations transcendantes du bleu et de l’or. Brouillage entre le noble et le trivial.

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Récemment, cette recherche a menée la créatrice au Bangladesh sur les traces de Living Blue, coopérative d’artisans regroupant la culture et l’extraction de l’indigo, mais aussi la teinture végétale et la broderie. Là, dans l’atelier situé au milieu des rizières et des champs d’indigo, Anaïs Guery a collaboré avec des artisans locaux sélectionnés pour leurs savoir-faire. Travaillant autour des étoffes teintes et façonnées par les artisans, utilisant un travail entre broderie et matelassage, Anaïs a expérimenté, créant par son approche de la coupe, une collection aux ampleurs aériennes et dansantes.

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ANAIS GUERY
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